Le témoignage à vif d'une Suissesse de Mexico City

Des touristes - masqués - sur la Zocalo Plaza désertée, lundi à Mexico. Keystone

Le récit de Mme Carole D., une Fribourgeoise de Mexico, où l'épidémie a confiné des millions de personnes chez elles depuis le week-end. La mégapole de 20 millions d'habitants a des allures de ville morte. L'ambassade de Suisse a reçu de nombreux téléphones.

Ce contenu a été publié le 29 avril 2009 - 07:31

Rassemblements publics suspendus, écoles, universités, musées et bars fermés. Le maire de Mexico, Marcelo Ebard, a annoncé que ces mesures pourraient se prolonger pendant dix jours.

De toutes façons, le week-end prochain est férié du 1er au 5 mai, on pourrait presque dire que cela tombe bien.

En tout cas, Mme Carole D., agent immobilier dans la capitale mexicaine, a dû renoncer à quitter la capitale pour le week-end. Le fiancé de sa fille, atteint d'une forte fièvre, est hospitalisé depuis mardi.

«Vous imaginez mon angoisse, car cette saleté est très contagieuse et ma fille a passé tout le week-end avec lui...alors on attend 24 heures... et l'apparition des premiers symptômes pour aller à l'hopital!.»

«On porte des masques en ville, on essaie de se protéger et de respecter les consignes de sécurité. Elles sont très claires: il faut se laver les mains, porter le masque et, au moindre symptôme, foncer à l'hôpital. Et on nous a expliqué qu'il ne faut surtout pas essayer de prendre de Tamiflu en automédication ou sans être malade.»

La Fribourgeoise de 55 ans explique aussi qu'en raison de la grande chaleur qui règne en ce moment (33-34 degrés) et à cause de l'air conditionné, «tout le monde a la toux et c'est difficile de savoir qui est vraiment malade».

«Il paraît qu'il y a beaucoup de jeunes parmi les morts, mais j'espère que si on va immédiatement à l'hôpital et qu'on est soigné rapidement, on a une chance de s'en sortir.»

Les Mexicains ont conscience de la situation

Sa fille ne va plus à l'université depuis lundi, elle-même a mis son masque et essayé d'aller à son bureau lundi, mais elle est vite rentrée chez elle. «Je reste à la maison, à écouter les innombrables flashes d'information à la radio et à la télévision et à surfer sur Internet. D'ailleurs l'hystérie médiatique ne contribue pas peu à effrayer les gens.»

«Il ne faut aller ni à la banque, ni au restaurant, nulle part, les rues sont incroyablement vides depuis dimanche, pas d'embouteillage, rien. D'habitude, les Mexicains se fichent de tout, mais là, ils ont pris conscience de la gravité de la situation. Il y a des bureaux ouverts mais je trouve cela ridicule.»

Mme Carole D. ajoute que le Mexique n'est pas la Suisse et que beaucoup de Mexicains sont encore très indisciplinés et ne suivent pas ou mal les mesures de sécurité.

«Lundi, j'ai compté qu'environ quatre chauffeurs de taxi seulement sur dix portaient leur masque de protection. Et les arrêts de bus, comme le métrobus, sont pleins de pauvres gens qui sont obligés d'aller travailler.»

Le problème de l'aéroport

Pour l'heure, la maladie a officiellement fait 7 morts dans le pays. Malgré les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), des pays comme les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne ou le Japon ont décidé de restreindre les voyages au Mexique. Le voyagiste Cook a supprimé ses destinations mexicaines.

Et les autorités sanitaires suisses recommandent également depuis mardi soir d'ajourner les voyages vers le Mexique, surtout si l'on doit se rendre dans la capitale.

Pour Mme Carole D., c'est un peu tard, car elle est convaincue que le problème vient de l'immense aéroport de Mexico City. Elle estime que les autorités auraient dû le fermer ou alors empêcher les gens d'en sortir. «Dans cette foule énorme, il suffit qu'une personne malade éternue et c'est fini. C'est du reste de cette manière que des Européens ont été infectés.»

Elle raconte aussi que, selon la rumeur, c'est un Américain venu au début avril qui aurait tout déclenché. «Il est tombé malade, est reparti aux Etats-Unis, et ça a continué là-bas. Je suis sûre que c'est à l'aéroport qu'on l'attrape!»

La faute aux Américains...

De son côté, l'OMS a estimé mardi qu'il était possible que «des cas suspects de grippe porcine aux Etats-Unis aient pu transmettre le virus à d'autres personnes dans ce pays, ce qui signifierait que la maladie se propage au-delà des voyageurs revenant du Mexique».

L'organisation se base sur le fait que «la source de certaines infections aux Etats-Unis, au Canada et en Grande-Bretagne n'est pas établie», selon le porte-parole Gregory Hartl.

Comme souvent dans ces situations extrêmes, l'incertitude fait autant de dégâts que les certitudes. C'est ainsi que les rumeurs les plus folles circulent à Mexico, dit encore l'interlocutrice de swissinfo.

«Lors de sa visite, le président Obama c'est baladé partout au Mexique. Il a notamment visité le musée d'anthropologie et serré la main au directeur, qui est mort trois jours après, la semaine dernière. On ne sait pas exactement de quoi, mais les gens parlent. Peut-être que Barack Obama a peur aussi, mais bon, il s'est sûrement fait contrôler.»

L'ambassade de Suisse garde le cap

De son côté, l'ambassade de Suisse à Mexico indique avoir reçu ces derniers jours «un nombre considérable d'appels téléphoniques» de la part de Suisses préoccupés par la situation.

«Ces personnes ont été informées sur les mesures à prendre, en accord avec les recommandations tant de l'OMS que des autorités sanitaires locales. Le site Internet a été mis à jour et un courriel circulaire a été envoyé aux membres de la colonie. Enfin, les conseils aux voyageurs du DFAE sont régulièrement mis à jour», indique le service de presse.

Sur la base du dispositif de crise de la mission suisse, des mesures de protection des collaborateurs ont été prises, comme de limiter les déplacements en ville au strict nécessaire. Conclusion: «l'équipe maintient son esprit positif».

swissinfo, Isabelle Eichenberger

Permanence en Suisse

Numéro de la permanence téléphonique Medgate: 0041.(0)31.322.21.00.

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Le centre stratégique à Genève est opérationnel

Mis en état d'alerte le 23 avril, le Centre stratégique d'opérations sanitaires de l'OMS centralise 24 h. sur 24 les données sur la grippe porcine au siège de l'agence de l'ONU à Genève.

Depuis l'entrée en vigueur du Règlement sanitaire international (RSI) l'an dernier, les Etats sont obligés de coopérer avec l'OMS dans les 24 heures en cas d'alerte.

Le Centre a été créé en 2004 (6 millions de francs) après l'alerte en 2003 du virus du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS).

En cas de transmission humaine du virus de la grippe aviaire, l'OMS estime avoir au maximum quatre semaines pour contenir la propagation de l'épidémie et instaurer des quarantaines.

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