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Les compagnons, une longue tradition

Les compagnons Johannes Kranenko (à gauche) et Patrick Kunkel, ici dans les rues de Morat, voyagent pendant trois ans dans de nombreux pays, où ils passent d’un travail à un autre.

Les compagnons Johannes Kranenko (à gauche) et Patrick Kunkel, ici dans les rues de Morat, voyagent pendant trois ans dans de nombreux pays, où ils passent d’un travail à un autre.

(swissinfo.ch)

Costumes noirs, pantalons à pattes, large chapeau et sacoche: avec leur allure démodée, les compagnons sont reconnaissables de loin. Comme ils le font depuis 800 ans, ces jeunes apprentis voyagent pendant trois ans avant de s’installer.

Deux compagnons allemands viennent de passer près de deux mois à restaurer l’hôtel de ville de Morat, qui date du 15e siècle. Il est temps pour eux de reprendre la route, expliquent-ils à swissinfo.ch.

«La vendeuse de la boulangerie s’est mise à réserver des petits pains pour moi. C’est le signe que l’on nous connaît ici», note le charpentier Johannes Kranenko. «On dit que si un voisin nous embrasse et que si les chiens n’aboient plus, il est temps de partir», complète son collègue Patrick Kunkel.

Dans les rues pavées de Morat, les deux jeunes hommes ne déparent pas, au contraire. Ils marchent dans les pas de dizaines et de dizaines de générations passées, celles qui ont fait partie de l’association des compagnons charpentiers et couvreurs d’Allemagne, dont le siège est à 1000 kilomètres de là, à Kiel.

Il est même possible que leurs ancêtres aient participé à la construction de l’Hôtel de ville de Morat en 1416. Et que d’autres, au 18e ou au 19e siècle, aient œuvré à sa rénovation ou à l’érection des bâtiments attenants.

Poussière des siècles

Ce lourd passé n’encombre pas les compagnons de 2011. Le travail dans un tel bâtiment n’a rien de particulier, affirme Johannes Kranenko. «Cela signifie qu’on reçoit la poussière des derniers siècles», affirme-t-il, tout simplement.

Originaire d’une région à 100 kilomètres au nord de Hambourg, Johannes Kranenko est sur son chemin de compagnonnage depuis une année. A un moment, il a rencontré Patrick Kunkel, couvreur de formation, qui vient d’Allemagne de l’Est. Ils ont continué leur route ensemble.

Les compagnons doivent remplir des conditions assez strictes pour pouvoir effectuer leur «pèlerinage». Ils doivent avoir entre 20 et 30 ans, être sans attaches, sans enfants et ne pas avoir de dettes. La plupart du temps, il s’agit de jeunes hommes – très rarement de femmes – qui ont terminé leur apprentissage dans un métier de la construction.

L’objectif du voyage est de découvrir le monde et de perfectionner son savoir-faire. Pendant trois ans et un jour, le compagnon n’a pas le droit de s’approcher de moins de 50 kilomètres de son lieu de résidence. Le téléphone portable est proscrit. Le compagnon doit se déplacer sans transports publics, mais à pied ou en faisant de l’auto-stop.

«Il ne s’agit pas de s’enrichir financièrement, mais personnellement, grâce à de nouvelles expériences», explique Johannes Kranenko, qui, comme Patrick Kunkel, a quitté son domicile avec 5 euros en poche. Les compagnons doivent revenir avec le même montant. Ils n’ont pas le droit de rester plus d’une semaine sans travail ni de rester plus de six mois au même endroit.

Spontanéité

A Morat, le duo a été engagé pour les travaux à l’Hôtel de ville par Heiner Bosch, qui a une menuiserie à Morat. Comme la tradition le prévoit, aucun arrangement n’avait été pris à l’avance. Les deux compagnons sont arrivés près de la Porte de Berne et avaient trouvé le petit bar qui sert de point de contact pour les jeunes apprentis effectuant, comme eux, leur pérégrination.

Ancien compagnon lui aussi, Heiner Bosch offrait peu de temps après un travail aux deux Allemands. Il leur trouvait même un logis. Johannes Kranenko et Patrick Kunkel n’ont pas non plus oublié de faire tamponner leur livre de compagnonnage par les autorités, un timbre qui avait autrefois quasiment valeur d’autorisation de travailler.

Quant à leur costume si visible, les deux jeunes hommes expliquent qu’il est aussi très pratique: il permet d’identifier les compagnons et leur métier, de même que l’association à laquelle ils appartiennent. De plus, «les huit boutons du gilet représentent les huit heures de travail quotidien et les six boutons de la veste symbolisent nos six jours de travail par semaine», indique Patrick Kunkel.

Tradition revitalisée

Depuis une génération environ, la tradition du compagnonnage vit une nouvelle jeunesse. Il y a à nouveau davantage de jeunes qui se mettent en route, surtout dans les pays germanophones, mais en Suisse romande, en France, en Belgique et dans les pays scandinaves également. Nos deux compagnons séjournant à Morat sont ainsi équipés d’une longue liste d’adresses et de lieux de contact dans plusieurs pays.

En Suisse, dix jeunes sont actuellement en chemin. Selon Hansueli Diem, ancien compagnon régulièrement présent au point de rencontre de St-Gall, ces Suisses sont membres de l’association allemande.

Johannes Kranenko et Patrick Kunkel se disent heureux de vivre en dehors de toute communication permanente et instantanée. «Les autres suivent leur montre, nous, nous avons le temps», dit le premier. Le séjour à Morat est donc arrivé à son terme. Prochaine étape: Düsseldorf. Mais les deux jeunes gens visent bien plus loin. Leur prochain objectif, d’ici la fin de l’année n’est rien moins que la Namibie.

COMPAGNONNAGE

Les années de compagnonnage étaient autrefois une condition pour pouvoir devenir membre d’une corporation en tant que maître de sa profession. La tradition remonte au Moyen Age.

Le compagnonnage était destiné à acquérir de l’expérience après les années de formation.

Les nazis l’ont interdit en Allemagne. Durant la Guerre froide, l’Allemagne communiste ne l’autorisait pas non plus.

La tradition vit un nouvel âge d’or. Mais elle n’est pratiquée que par une poignée de charpentiers, couvreurs et de tailleurs de pierres.

Les compagnons suisses sont le plus souvent membres de l’association allemande ou de l’association française des compagnons.

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(Traduction de l'anglais: Ariane Gigon), swissinfo.ch


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