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Une femme bercée par deux cultures

Cours de formation financés par la Fondation Manush. Après avoir reçu des menaces pour avoir défendu la cause des Roms en Hongrie, Gina Böni a préféré renoncer à la publication de son portrait

De père suisse et de mère hongroise, Gina Böni a grandi entre Glaris et Budapest. Enfant déjà, elle a été confrontée à des réalités et des cultures différentes, dans une Europe encore coupée en deux.

Aujourd'hui, la journaliste suisse vit en Hongrie où elle a créé une fondation pour aider les Rom, minorité discriminée et marginalisée.

«Je suis née en Suisse et j'en possède la nationalité. Mais deux cultures m'ont été offertes dès le berceau, l'une de l'Europe occidentale, l'autre de l'Europe orientale. Et elles m'ont accompagnée tout au long de ma vie» explique Gina Böni, souriante, dans son bureau de Budapest.

Fille d'un Suisse et d'une expatriée hongroise, la journaliste et responsable d'une organisation humanitaire passe les premières années de sa vie à Glaris.

«Ma mère ne voulait pas que ses enfants perdent leur culture hongroise. Ainsi, en 1957, lorsque j'eus sept ans, elle me confia à mes grand-parents qui vivaient à Budapest afin que je suive l'école primaire en Hongrie».

Ainsi, alors qu'environ 200'000 Hongrois fuyent leur pays entre 1956 et 1957 pour échapper à la sanglante répression qui avait suivi la tentative d'insurrection contre le régime communiste, la petite Gina est l'une des rares personnes à faire le voyage dans l'autre sens.

«Incroyable»

A une telle époque, ce désir de la famille Böni de sauvegarder ses racines culturelles ne manque pas de surprendre.

En Hongrie, un tel choix semblait incroyable mais suscitait en fin de compte des réactions positives. En Suisse en revanche, en pleine Guerre froide, les échos étaient très négatifs.

«A Glaris, même les enfants des villages voisins étaient traités avec froideur comme s'ils venaient d'un autre univers. Dès lors comment les gens pouvaient-ils comprendre qu'une fillette suisse aille à l'école dans un pays communiste d'Europe de l'Est?» fait remarquer Gina Böni.

Lorsqu'elle rentre en Suisse pour les vacances, puis au terme de l'école primaire et alors qu'elle n'est encore qu'une jeune fille, Gina au quotidien les conflits idéologiques qui dominent l'Europe de cette époque.

«Je dois avouer que j'ai longtemps souffert en Suisse de l'attitude et des commentaires des gens, surtout des adultes. J'ai été rapidement confrontée au poids de cette double identité», se souvient-t-elle.

Un coeur pour les Rom

«Entre 25 et 30 ans seulement, j'ai compris que le fait de provenir de deux cultures différentes pouvait être un enrichissement. J'ai donc tâché de transformer ce fardeau en un cadeau»

Gina Böni devient journaliste. Elle travaille d'abord à Zurich puis, dès 1990, à Budapest où elle réside aujourd'hui encore. Dans la capitale hongroise, elle collabore aux programmes de la télévision autrichienne ORF.

«Depuis longtemps, je désirais mieux connaître ce pays. La chute du mur de Berlin, en 1989, m'a ouvert les portes. J'ai pu venir travailler à Budapest comme correspondante de médias occidentaux», explique-t-elle.

En Hongrie, Gina Böni se lance avec passion dans la défense de la minorité rom. Les Tziganes, près d'un million de personnes qui vivent surtout dans le nord-est du pays, ont été contraints après la Seconde Guerre mondiale à se sédentariser et à travailler dans l'industrie lourde.

«La chute du communisme a aussi fait crouler ce secteur économique. Actuellement la plupart des Rom n'ont pas de travail et continuent à subir de graves discriminations. La nouvelle génération qui est en train de grandir, n'a jamais vu ses parents travailler et ne semble nourrir aucun espoir», constate Gina.

La Suisse, prison dorée

Pour aider les jeunes Rom à avoir un futur dans la nouvelle Hongrie, Gina Böni crée la fondation Manush, qui s'engage, entre autres choses, à familiariser les enseignants et les écoliers rom avec les médias et la nouvelle société basée sur l'information.

«Comme dans beaucoup d'autres pays, en Hongrie aussi, l'attitude de fermeture vis à vis des minorités qui sont surtout considérées comme un problème, est prédominante. La Suisse en revanche a compris depuis longtemps que les minorités peuvent aussi être une richesse».

Le respect des minorités n'est pas la seule qualité de son pays natal dont Gina Böni aime à se souvenir.

«Après plusieurs années passées à l'étranger, je me suis mise à apprécier de nombreuses choses de la Suisse: ses excellentes infrastructures, ses services qui fonctionnent, le sérieux de ses habitants. L'esprit civique aussi y est très fort, la conscience de ses propres droits politiques et sociaux et des droits des consommateurs», poursuit Gina.

Pour elle, «la nationalité suisse est un peu comme la réclusion à vie. On ne peut plus en sortir, on garde des réflexes typiquement helvétiques durant toute son existence».

Ceci dit, malgré les bons souvenirs teintés d'un peu de nostalgie, l'avenir de Gina Böni sera sûrement à Budapest.

«On y respire l'histoire tout en ayant le privilège de vivre dans une ville qui change constamment. En Suisse tout ou presque est consolidé. J'y aurais peut-être une vie plus tranquille mais j'aurais un peu l'impression d'être enfermée sous une cloche de verre. Ici, en revanche, je sens le pouls de l'histoire, je me sens plus réelle», conclut l'immigrée.

swissinfo, Armando Mombelli
(Traduction et adaptation de l'italien: Gemma d'Urso)

La cinquième Suisse

A fin 2005, 645'010 Suisses vivaient à l'étranger dont 1691 en Hongrie.

Deux tiers des membres de la cinquième Suisse vivent en Europe.

Trois quarts des Suisses de l'étranger ont la double nationalité et 112'000 sont inscrits sur les registres électoraux.

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Gina Böni

Née en 1950 à Glaris, elle fréquente de 1957 à 1962 l'école primaire à Budapest.

Après l'obtention d'un diplôme de commerce, dans les années 80, elle se lance dans le journalisme en Suisse.

En 1990, après la chute du Mur de Berlin et l'ouverture des frontières vers l'Europe de l'Est, elle s'installe à Budapest comme correspondante de médias occidentaux.

De 1997 à 1999, elle poursuit sa carrière à Londres, puis rentre en Suisse.

En 2000, elle reprend le chemin de la Hongrie. Elle collabore actuellement aux programmes de la télévision autrichienne ORF et dirige une fondation qui propose des programmes de formation pour les enseignants et les jeunes de la minorité rom.

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