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Suisse - Turquie: de l'acrimonie à l'amour

Croix blanche et croissant blanc: amour-haine sur fond rouge? Keystone

En 2005 encore, les relations bilatérales achoppaient sur les droits de l'homme et la question arménienne. Et voilà qu'en 2008, la Turquie est devenue une sorte de Mecque pour les membres du gouvernement suisse. Mais qu'est-ce qui a donc changé?

Ce contenu a été publié le 20 novembre 2008 - 13:51

Fin octobre, la ministre des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey était en visite en Turquie, suivie par le président de la Confédération Pascal Couchepin à la mi-novembre.

Et voilà maintenant que c'est au tour de la ministre de l'Economie Doris Leuthard et, à la fin de l'année, de celle de la Justice Eveline Widmer-Schlumpf. Soit quatre membres du gouvernement la même année. Et pourtant, il n'en a pas toujours été ainsi.

En 2003, le parlement cantonal vaudois (suivi de celui de Genève et de la Chambre du peuple) décidait de reconnaître le génocide de plus d'un million et demi d'Arméniens par l'Empire ottoman au début du 20e siècle.

Ce qui a eu pour conséquence l'annulation de l'invitation faite à la ministre suisse des Affaires étrangères par Ankara. Micheline Calmy-Rey ne s'est finalement rendue en Turquie qu'en mars 2005. De même pour le ministre de l'Economie d'alors, Joseph Deiss, dont la visite prévue pour septembre 2005 a également été annulée par la Turquie.

Ceci pour marquer cette fois la mauvaise humeur d'Ankara après l'ouverture en Suisse d'un procès pour négationnisme du génocide arménien contre un politicien et historien turc.

Mais il n'y avait pas que la question arménienne qui empoisonnait les relations Suisse-Turquie, explique Amalia van Gent, correspondante en Turquie de la Neue Zürcher Zeitung. «Il y avait aussi le problème kurde. En 2003, Mme Calmy-Rey s'était vraisemblablement montrée trop bienveillante envers les Kurdes.»

Les choses ont changé avec Blocher

«En 2006, Monsieur Blocher s'est rendu à Ankara et y a manifesté sa compréhension envers la Turquie a propos de ces deux questions», ajoute Amalia van Gent.

Le ministre suisse de la Justice de l'époque a critiqué la norme pénale antiraciste, à l'origine de la plainte déposée en Suisse pour négationnisme du génocide arménien contre deux Turcs.

Une déclaration qui avait alors fait grand bruit en Suisse. Le Conseil fédéral avait ainsi regretté que Christoph Blocher ait choisi la Turquie pour lancer le débat contre cette norme pénale.

L'ex-conseiller fédéral avait cependant affirmé que sa visite en Turquie avait constitué «pas décisif» vers une amélioration des relations tendues entre les deux pays.

Poursuite du dégel

Cet automne, lors du Forum économique mondial à Istanbul, la cheffe de la diplomatie Micheline Calmy-Rey a rencontré son homologue turc Ali Babacan.

Peu avant la visite officielle de Pascal Couchepin à la mi-novembre, le gouvernement fédéral avait décidé de donner un tour de vis aux activités du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Le premier ministre Erdogan comme le président Gül ont alors remercié le président de la Confédération de cette décision.

«Monsieur Couchepin a, lui aussi, renforcé la position de la Turquie à propos de la question arménienne, en déclarant notamment qu'il revient aux historiens de décider si les tragiques événements de 1915 doivent être qualifiés de génocide ou non. Alors que, pour les Arméniens, la question est politique avant d'être historique», poursuit Amalia van Gent.

Intérêts économiques en jeu

La journaliste rappelle que la Suisse a des intérêts économiques prioritaires en Turquie. «Depuis l'effondrement de l'Union soviétique, ce pays est considéré par les pays d'Europe occidentale comme un pont pour l'industrie d'exportation vers l'Asie centrale et le Proche-Orient. Cela vaut en particulier pour l'industrie pharmaceutique helvétique.»

La Turque est aussi considérée comme un corridor pour le transport du gaz naturel et du pétrole d'Asie centrale vers l'Europe occidentale. «Un pipeline a déjà été construit et un deuxième devrait suivre, en provenance d'Iran via la Turquie, et la Suisse a des intérêts dans ce projet.»

La société d'électricité de Laufon (EBL) est liée au projet de pipeline trans-Adriatique, car elle a signé en mars dernier un contrat gazier avec l'Iran.

«Il y a encore le barrage de l'Ilisu, un projet contesté par les habitants de la région concernée.» La Suisse veut bien construire, mais la Turquie doit, de son côté, donner des garanties pour ce qui est de la protection de l'environnement et des conditions de déplacement de la population locale.

En octobre, la Suisse, l'Allemagne et l'Autriche ont expliqué que les garanties des risques à l'exportation seraient suspendues pour les entreprises de construction concernées, en l'absence de telles garanties.

Une déclaration d'amour

Lors de sa visite officielle à la mi-novembre, Pascal Couchepin a commémoré le 80e anniversaire de l'ouverture des relations diplomatiques entre Berne et Ankara. Le président de la Confédération a alors qualifié la Turquie de «partenaire stratégique central».

Et d'ajouter que, depuis qu'il est membre du gouvernement suisse, «la méfiance réciproque entre les deux pays s'est atténuée» et qu'elle a maintenant «disparu».

Avant de quitter la Turquie, Pascal Couchepin a encore déclaré qu'il aimait de plus en plus ce pays. Et ce, en dépit du fait qu'Ankara ait abandonné à une politique relativement libérale envers les Kurdes pour adopter à nouveau un langage plus dur, aux accents nationalistes, de l'avis d'Amalia van Gent. «Il faut malheureusement s'attendre à de nouvelles tensions.»

swissinfo, Jean-Michel Berthoud
(Traduction de l'allemand: Isabelle Eichenberger)

Faits

En 2007, les exportations suisses en Turquie ont atteint 2,64 milliards de francs, surtout des produits pharmaceutiques, chimiques et des machines.
Les importations de Turquie ont atteint 859,3 millions.
En 2007, 72'633 Turcs vivaient en Suisse et quelque 1500 Suisses en Turquie.

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Accusations de génocide

Entre 1915 et 1917, plus de 1,5 million d'Arméniens ont été tués par les forces de l'Empire ottoman, prédécesseur de la Turquie actuelle.

De nombreux Etats, dont la France, les Etats-Unis, la Russie et l'Italie, le Parlement européen ainsi que la grande majorité des historiens ont qualifié ces tueries de génocide. Ce que rejette la Turquie, qui évoque un nombre inférieur de victimes.

En Suisse, les cantons de Vaud et de Genève ainsi que le Conseil national (Chambre basse du parlement fédéral), ont reconnu la notion de génocide. Mais pas le gouvernement suisse, ni les sénateurs du Conseil des Etats.

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