Sur la piste du suicide

L'avion de tourisme s'est écrasé au niveau du 26e étage de la Tour Pirelli qui en compte 30. Keystone

L'avion qui s'est écrasé jeudi dans un immeuble de Milan a fait trois morts, dont le pilote. Certains avancent la thèse de l'accident, d'autres du suicide.

Ce contenu a été publié le 19 avril 2002 - 12:10

«Mon père a voulu se suicider», a affirmé Marco Fasulo, fils du pilote, cité par La Repubblica. «Ils ont voulu le tromper, l'abattre économiquement et lui s'est suicidé», a-t-il ajouté, selon le quotidien.

Même son de cloche de Franco, un ami du pilote, qui lui a parlé dimanche. «Je suis ruiné, ils m'ont mangé tout ce que j'avais, c'est un groupe d'ici, ils m'ont pris plus d'un million de dollars», lui aurait dit Luigi Fasulo.

Prudence italienne

Les plus hauts responsables locaux, Gabriele Albertini, maire de la ville, et Roberto Formigoni, président de la région, ont eux aussi indiqué avec prudence qu'il pouvait s'agir d'un suicide.

«Je crois que l'on peut exclure l'hypothèse d'un attentat, mais l'on ne peut pas complètement exclure celle d'un acte volontaire d'un esprit qui ne se contrôlait pas totalement», a dit vendredi M. Albertini, de retour d'un voyage écourté au Canada.

M. Formigoni qui a écourté un voyage en Inde pour rentrer à Milan, a affirmé vendredi à la presse avoir parlé au chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi.

M. Berlusconi «a exclu toute hypothèse terroriste et d'attentat. Cela me fait plaisir, mais la dynamique de l'événement soulève mille questions. Je lui ai demandé si l'hypothèse d'un suicide était à écarter... cette hypothèse ne peut pas être écartée», a-t-il dit.

Pas de SOS

Plusieurs journaux italiens écrivent ce vendredi que le pilote n'a pas lancé de SOS. Le pilote a bien mentionné dans ses contacts avec le contrôle aérien un problème de train d'atterrissage, mais pas de SOS.

La tour de contrôle donne l'instruction au pilote de se tenir à l'ouest de la piste d'atterrissage, mais l'avion se dirige dans une mauvaise direction vers le nord, selon les journaux.

Pour le Corriere della Sera, le pilote a pu se tromper avec un ordre donné par la tour de Linate à un hélicoptère qui à ce moment demandait l'autorisation de descendre sur l'aéroport et à qui le contrôleur demande de s'éloigner.

La tour avertit le pilote qu'il fait fausse route, le pilote répond qu'il est en train de résoudre son problème de train d'atterrissage, selon le Corriere della Sera citant l'Enav, l'organisme en charge du contrôle aérien.

Après l'ordre renouvelé donné par la tour à l'avion de reprendre le circuit aérien normal, le pilote prend une nouvelle direction, vers le centre de Milan, cette fois à une altitude inférieure à celle minimum autorisée de 300 mètres, précise le Corriere della Sera.

Le quotidien milanais raconte encore que des témoins ont vu l'avion voler au-dessus de la ville. Selon l'un, des étincelles sortaient de la partie postérieure de l'appareil, un autre mentionne de la fumée dans la carlingue.

L'accident

L'appareil de type Air Commander avait décollé jeudi vers 17h15 de l'aérodrome tessinois de Locarno-Magadino. Il s'est écrasé à 17h45 contre la Tour Pirelli, un immeuble de 30 étages de la Région Lombarde, l'un des symboles de la capitale économique italienne.

Au moment de l'accident, 300 personnes étaient dans la tour où travaillent dans la journée 1200 personnes.

L'accident a fait trois morts, dont le pilote. Une soixantaine de personnes ont été blessées. Douze d'entre elles sont encore hospitalisées, dont deux dans un état grave.

Un pilote expérimenté

Luigi Fasulo, 68 ans, avait la double nationalité suisse et italienne, et résidait depuis plus de 30 ans dans le canton du Tessin.

Son métier d'origine était réparateur d'appareils automatiques, et il avait passé son brevet de pilote il y a plus de 30 ans. Il lui arrivait de remplacer des pilotes en cas de nécessité, écrit La Regione Ticino.

Un de ses deux fils est d'ailleurs pilote chez Swiss, la nouvelle compagnie helvétique. Luigi Fasulo comptait au moins 5.000 heures de vols

Un précédent accident

A Lugano et Locarno, où son avion était stationné, il était surnommé «short of fuel», depuis une dizaine d'années. Il avait en effet eu un accident lors d'un vol-taxi entre Genève et Zurich, et s'était retrouvé à court de carburant, juste avant d'atteindre l'aéroport de Zurich-Kloten, écrit le Corriere del Ticino, le journal de Lugano.

Le pilote avait dû poser son appareil sur un terrain de football. L'avion avait été complètement détruit, mais Fasulo et ses passagers n'avaient pas été blessés.

Selon la Regione Ticino, il avait mis depuis peu son avion en vente pour 70 000 dollars. Il avait aussi déménagé récemment de Pregassona (TI), pour s'installer sur les bords du lac de Côme, en Italie.

Selon le journal Blick, Luigi Fasulo voulait vite faire le plein de kérosène jeudi soir à Milan, où le carburant est deux fois moins cher qu'en Suisse.

Le trajet entre Locarno et Milan prend une vingtaine de minutes, et Luigi Fasulo l'avait déjà fait des centaines de fois.

swissinfo avec les agences

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