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Swissair: l'équipe sortante devra rendre des comptes

Exite SAirGroup. Mario Corti rend à l'entreprise son nom d'origine.

(Keystone)

Comment une entreprise peut-elle perdre 2,8 milliards de francs sans que son Conseil d'administration ne tire la sonnette d'alarme? Mercredi, l'assemblée des actionnaires de Swissair ne s'est contentée d'aucune des réponses apportées à cette question. En conséquence, la gestion des années noires sera soumise à une révision spéciale, procédure d'exception prévue par la loi.

Ils étaient 20 000 à s'être inscrit, mais «seulement» 5288 sont venus. La Halle II de l'aéroport de Zurich-Kloten est donc restée pratiquement vide, alors que la III ne faisait même pas le plein. Cette assemblée n'en aura pas moins été celle de tous les records: huit heures de débats et près de 180 questions individuelles.

Au nom de la toute nouvelle Association de défense des actionnaires de Swissair, l'avocat zurichois Hans-Jakob Heitz avait littéralement épluché les comptes et les rapports des années 96 à 2000, afin d'y déceler l'éventuelle violation des statuts, voire de la loi.

Un acharnement loin d'être unique, puisque les particuliers et les représentants des Cantons, des Communes et de la Confédération avaient eux aussi adressé leurs demandes d'explications à l'équipe sortante, parfois en termes assez vifs.

S'en est suivie une longue et fastidieuse lecture des réponses consignées dans la brochure distribuée à l'entrée. Exercice interrompu au bout d'une heure, à la demande des requérants eux-mêmes, pour laisser place à de nouvelles séries de questions, écrites et orales.

Les réponses du Conseil d'administration n'ont pas convaincu grand'monde. Ainsi, sur les fameuses indemnités de départ des anciens cadres, l'assemblée aura dû se contenter d'un seul chiffre: les 480 000 francs alloués à Eric Honegger après trois mois de présidence. Les autres montants relèvent du contrat de travail, soumis à une clause de confidentialité.

Retenue toute helvétique, qui a soulevé des vagues d'indignation dans l'assistance, et des sourires narquois sur les bancs de la presse. «Chez nous, on vous aurait même donné la marque et le prix des leurs sous-vêtements» a commenté la correspondante du «New-York Times».

Pourquoi avoir fait passer les avoirs de la caisse de pension au bilan? Ne s'est-on pas rendu compte que les trois compagnies françaises étaient des canards boîteux, alors que l'on venait de vendre des participations nettement plus intéressantes? Comment a-t-on pu remplir un tonneau percé sans même que l'opération fasse l'objet d'un business plan? Comment peut-on invoquer la hausse du prix du pétrole pour expliquer les pertes alors que dans le même temps Air France ou Austrian Airlines ont fait de bonnes affaires?

A toutes ces questions, l'équipe sortante s'est contentée d'apporter des réponses succintes et souvent tellement techniques que seul un expert comptable aurait pu les comprendre. L'assemblée n'a donc pas manqué de manifester bruyamment sa mauvaise humeur, réservant ses applaudissements au seul président Mario Corti.

Dans ces conditions, la demande de révision spéciale partait avec les meilleures chances. «Ce n'est pas une punition que nous vous infligeons, mais une occasion de vous blanchir si vraiment vous avez bien fait votre travail», a plaidé Hans-Jakob Heitz.

Finalement, c'est à presque deux contre un que les actionnaires ont choisi cette procédure encore peu usuelle en Suisse. Une procédure dont personne ne sait aujourd'hui combien de temps elle durera, le dossier passant désormais aux mains d'un juge.

Logiquement, le Conseil d'administration a alors renoncé à demander décharge de sa gestion pour l'instant. La plupart des orateurs avaient d'ailleurs signifié qu'ils la refuseraient à tous les sortants, sauf à Mario Corti.

Après presque huit heures de débats, les rangs des actionnaires étaient soudain bien clairsemés et c'est sans rancune apparente que le dernier carré a accepté de réélire Benedict Hentsch, Lukas Mühlemann et Andres Leuenberger.

Les trois administrateurs qui n'ont pas présenté leur démission à l'annonce de la débâcle resteront donc à leur poste jusqu'à l'assemblée extraordinaire de cet automne, voire au plus tard jusqu'à la prochaine assemblée ordinaire.

Quant aux représentants des syndicats d'AOM, Air Littoral et Air Liberté, ils auront dû se contenter de rester dehors.

Marc-André Miserez, Zurich


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