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Eric Olsen, ancien directeur général de LafargeHolcim, a été inculpé à Paris (archives).

KEYSTONE/WALTER BIERI

(sda-ats)

L'ex-patron du groupe franco-suisse LafargeHolcim, Eric Olsen, a été inculpé jeudi soir à Paris pour "financement d'une entreprise terroriste" dans le cadre des activités du cimentier en Syrie, a-t-on appris de source judiciaire. Les faits remontent à 2013 et 2014.

Eric Olsen a aussi été mis en examen pour "mise en danger de la vie d'autrui" et placé sous contrôle judiciaire, a précisé cette source. PDG de LafargeHolcim de 2015 à juillet 2017, il était, à l'époque des faits qui font l'objet d'une investigation en France, DRH puis directeur général adjoint de Lafarge (qui n'avait pas encore fusionné avec le saint-gallois Holcim).

Il avait été placé en garde à vue mercredi avec deux autres ex-responsables du groupe: Bruno Lafont, PDG de Lafarge de 2007 à 2015, et Christian Herrault, ancien directeur général adjoint chargé de plusieurs pays dont la Syrie. Les gardes à vue de MM. Lafont et Herrault étaient toujours en cours au milieu de la nuit, a précisé la source judiciaire.

Violation de l'embargo

Afin de pouvoir continuer à faire tourner son usine de Jalabiya (nord du pays), le cimentier est mis en cause notamment pour avoir acheté du pétrole à l'Etat islamique, en violation de l'embargo décrété par l'Union européenne en 2011, et pour lui avoir remis de l'argent via un intermédiaire.

De juillet 2012 à septembre 2014, la filiale syrienne (Lafarge Cement Syria, LCS) a versé environ 5,6 millions de dollars à diverses factions armées, dont plus de 500'000 dollars à l'organisation d'Abou Bakr al-Baghdadi, d'après un rapport rédigé à la demande de Lafarge par le cabinet américain Baker McKenzie.

Employés syriens livrés à eux-mêmes

Il est aussi reproché à LCS de ne pas avoir assuré la sécurité de ses employés syriens, restés seuls sur place, alors que la direction de l'usine avait quitté la Syrie à l'été 2012 et que, quelques mois plus tard, les expatriés avaient été évacués par vagues successives.

Vendredi, trois anciens cadres, dont deux ex-directeurs de l'usine de Jalabiya, ont été mis en examen. Les enquêteurs cherchent à savoir si la direction en France était au courant de la situation.

Eric Olsen assistait aux réunions du comité de sûreté. Il a "participé pleinement aux discussions concernant la sécurité de l'usine LCS", souligne le cabinet Baker McKenzie.

Et Christian Herrault, qui a reconnu début 2017 que le groupe avait été victime d'une "économie de racket", a assuré "avoir régulièrement informé Bruno Lafont". Ce dernier "n'avait émis aucune objection à l'époque", d'après ce document.

Le scandale a éclaté en 2016, un an après la fusion du cimentier français avec le groupe saint-gallois Holcim. Il a suscité de vives tensions au sein du nouveau groupe: Eric Olsen, nommé directeur général de LafargeHolcim en avril 2015, a démissionné deux ans plus tard, tandis que Bruno Lafont n'a pas sollicité le renouvellement de son mandat d'administrateur et a aussi quitté la société.

Sollicité, LafargeHolcim a indiqué qu'il "ne souhaite pas commenter l'enquête en cours".

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ATS