Talent suisse pour la couture française

Modèles du défilé prêt-à-porter du styliste Laurent Mercier. (Pierre Balmain) swissinfo.ch

Directeur artistique du prêt-à-porter chez Pierre Balmain, le Vaudois Laurent Mercier cartonne à Paris. Loin de la Suisse.

Ce contenu a été publié le 17 mars 2002 - 15:37

Des années lumières semblent séparer Eclépens de Paris. Et pourtant, Laurent Mercier a cheminé de son village natal vers... la capitale de la mode en réalisant un sans-faute exemplaire.

Ne vient-il pas de réaliser son premier défilé de prêt-à-porter pour le compte de Pierre Balmain? Cette performance fait de Laurent Mercier le premier styliste suisse du grand couturier français.

Une prouesse largement ignorée par la presse suisse. L'événement s'est déroulé, dimanche dernier à 14 heures au Carrousel du Louvre. Tous les journalistes du milieu «Fashion» et le gratin parisien de la mode étaient présents pour guetter les faits et gestes du petit nouveau de chez Balmain.

Il faut dire que Laurent Mercier est déjà connu dans le milieu. Son sens de la créativité et sa capacité d'extravagance en ont fait une personnalité.

Exotisme, sagesse et confort

Les premiers modèles de Laurent Mercier, présentés à Paris, annoncent la couleur Balmain. Elégance, exotisme, sagesse et confort sont au rendez-vous.

Mieux encore, les amateurs de défilés de mode en ont eu pour leur compte. Silhouettes allongées, hanches et jambes moulées dans des tissus évoquant l'Orient et l'Afrique. Tout ce que Pierre Balmain admire chez les femmes.

Cette note de sagesse qui ne ressemble pas forcément à ce que l'on attend de Laurent Mercier impressionne les professionnels présents au Louvre. Mais, leur avis oscille entre la beauté classique de la ligne Balmain et l'esprit fou, absent en cette occasion, de Laurent Mercier.

«Je m'attendais à une telle réaction», explique Laurent Mercier, par ailleurs très satisfait de l'accueil reçu lors de cette présentation.

Une demande bien précise

Pour le styliste vaudois, il n'y a aucune ambiguïté. «Ce travail effectué pour la maison Pierre Balmain était un exercice de style bien précis.»

Effectivement, si la direction de la maison parisienne lui a donné carte blanche pour reprendre en main le secteur du prêt-à-porter, elle a toutefois souhaité que la collection présentée corresponde aux rêves de la femme Balmain.

«C'est pour cette raison que le travail réalisé pour cette collection était très rigoureux, précise Laurent Mercier. Pour résumer, il fallait plutôt susciter l'effleurement d'un baiser que la violence d'un électrochoc.»

Ce succès est de bonne augure pour l'avenir du styliste qui fait montre d'un pragmatisme helvétique. «Ce métier est difficile et nécessite une quantité de travail gigantesque, explique-t-il. Toutefois, les résultats sont appréciés par la maison, ce qui fait plaisir.»

A la tête de deux départements

Toutes ces qualités pourraient d'ailleurs propulser le styliste à la tête de tous les secteurs de la maison. Y compris le secteur «Rolls-Royce» de la haute couture.

L'intéressé ne dément pas cette éventualité. «Oscar de la Renta, actuel couturier américain en charge de la haute couture doit partir en 2003. Et il est fort possible, ajoute Laurent Mercier, que je me retrouve à la tête des deux départements.»

Laurent Mercier, dans ces conditions, pourra peut-être revenir à des sensations plus folles. Car, explique le couturier, «si le prêt-à-porter doit être vendu et fabriqué en série, la haute couture peut se permettre plus de fantaisie. Mieux encore, elle permet de laisser plus de liberté à la créativité et à l'extravagance».

Un métier de fille

Et dans ce domaine, Laurent Mercier est en terrain connu. Ses débuts en sont la preuve. Car extravagant, il faut l'être quand le jeune homme fait son apprentissage de «couturière» à Lausanne en 1984.

A l'époque, le certificat fédéral de capacité (CFC) ne s'adresse qu'aux filles! Il fallait oser. En fait, le Vaudois a ouvert une brèche, puisque de nos jours le diplôme de couturier existe.

Cela dit, c'est en possession de son diplôme de «couturière» que le jeune Vaudois part à Paris en 1986. Objectif: l'école de stylisme et de couture Berçot, un endroit très réputé pour le développement de la créativité. Et dans cette école, les garçons ne font pas tâche.

Lola, la «drag queen»

Parallèlement, le jeune homme de 22 ans se découvre une passion pour le monde très habillé des «drag queen». Très rapidement, il s'impose dans ce milieu sous le nom de Lola. Il est immédiatement médiatisé sur de nombreux plateaux de télévision, en quête d'exotisme et de provocation.

Et c'est probablement son attirance pour le monde de la nuit qui permettra à Laurent Mercier de connaître de nombreuses personnalités du showbiz. Des rencontres qui, bien entendu, vont influencer son avenir professionnel.

Lenny Kravitz, Vanessa Paradis, Nina Hagen

Les années qui suivent en sont la plus belle preuve. Il habille des stars comme Lenny Kravitz, Vanessa Paradis, Nina Hagen. Il prête son talent à l'enfant fou de la couture, Jean-Paul Gaultier.

Il travaille également pour la marque Morgan, réputée pour son originalité. Et challenge suprême, il s'autorise à créer sa propre ligne «Laurent Mercier Deluxe». Une ligne de vêtements qui ose et provoque.

Et ce parcours autant passionné que fou finit par payer. Il n'est pas étranger à son engagement chez Pierre Balmain. Une consécration, même si Laurent Mercier récuse ce terme.

«Ce métier est terrible, et les grandes maisons vous laissent «galérer» longtemps avant de vous reconnaître. Il veulent savoir quelles sont vos capacités de travail.»

Pour le Vaudois, le passage chez Balmain n'est en tout cas pas un retour à la sagesse ou une forme d'embourgeoisement. Mais la preuve tangible qu'avec «un parcours aussi fou que le sien, on peut se faire reconnaître... si l'on travaille sérieusement».

swissinfo/Jean-Louis Thomas

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