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Théâtre en cinémascope

"Corrida automobile" à Saint-Triphon.

(swissinfo.ch)

Après «r.u.p.t.u.r.e» en 95, la compagnie zurichoise Karl's Kühne Gassenschau, présentait, jeudi soir à Saint-Triphon, la première de «t.r.a.f.i.c». Humour, folie et spectaculaire garantis.

Saint-Triphon, petit village de la commune d'Ollon, dans le Chablais vaudois. Non loin du village, une haute falaise, qui domine une carrière, la carrière des Andonces. Au creux de celle-ci, une tribune couverte pour le public, et une scène goudronnée, ou une piste, on ne sait quel mot employer, de 1040 mètres carré. La préparation du lieu a duré 8 semaines.

Le spectacle peut commencer, en l'occurrence sous une pluie battante. Mais de quoi s'agit-il? De théâtre? De cirque? De cascades? Du délire de grands potaches? De tout cela, en fait. L'événement est sous-titré «théâtre en cinémascope», et c'est bien vu. «t.r.a.f.i.c», c'est l'humour d'un Tati «énaurme» mêlé à la démesure de James Bond.

L'intrigue est simple: un bouchon - le spectacle s'appelait «Stau» dans sa version alémanique - se forme sous nos yeux. Rapidement, on fait connaissance avec ceux qui y sont impliqués, tous des sortes d'archétypes. Un play-boy en voiture de sport décapotable. Un pèpère ronchonneur et saint-gallois en Fiat Panda. Une fille à papa dans la Mercedes genevoise de celui-ci. Un macho espagnol. Une touriste anglaise, dont la caravane abrite un être très rock n'roll...

Et tout ce petit monde va devoir coexister. Comme dans «Big Brother» ou «Loft Story», il va falloir vivre ensemble. Toute la gamme des rapports humains va se déployer, hostilité, complicité, drague, trahison, haine... Mais à la différence des émissions sus-citées, dans «t.r.a.f.i.c», le sens de l'humour et de l'absurde sont omniprésents. Dans ce «foutu bouchon bouché», plus le vase-clos tourne à l'enfer pour ses protagonistes, plus le public est hilare, et il y a de quoi.

Cet enfer-là est parfois très physique: une voiture est expédiée depuis le haut de la falaise au fond de la carrière - son conducteur ne trouvait pas la sortie de l'autoroute. Une véritable corrida a lieu, avec une auto coupée en deux dans le rôle du taureau. Des glissières d'autoroute, sur lesquels sont perchés les comédiens, se transforment en mobile géant, hissé dans le ciel par une grue. Et globalement, les effets pyrotechniques ne manquent pas. Enfin, au fil des semaines, puis des mois que dure cet engorgement, la nature reprendra ses droits...

Le tout est emballé par les compositions du Britannique Neil Filby, qui sur scène, est à la fois musicien et animateur de radio, une radio qui ne cesse de diffuser des flashes «ACX-TCX» désopilants. On est très loin de Claudel ou de Brecht, au hasard.

En 1995, le Karl's Kühne Gassenschau a fait se déplacer plus de 52.000 spectateurs à Saint-Triphon. Pour «t.r.a.f.i.c», des représentations sont prévues jusqu'au 31 juillet... et des supplémentaires ne sont pas à exclure.

Bernard Léchot


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