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Timbres: histoire d'une émancipation masculine

Un timbre datant de 1921. Il valait 15 centimes à l'origine. Aujourd'hui, il est estimé à 15'000 francs.

(Zumstein)

Les dames ont longtemps dominé la philatélie suisse. Jusqu’au jour où Guillaume Tell est venu faire un peu d’ombre à l’Helvetia.

Depuis, les Tell - le père, puis le fils - ont occupé une place importante sur les timbres helvétiques, ouvrant la voie à une émancipation masculine.

Contrairement aux postes allemandes, les postes suisses n’ont pas jugé bon de sortir un timbre spécial pour commémorer le 200e anniversaire de la Première du «Guillaume Tell» de Schiller.

Depuis quelques années, les philatélistes suisses estiment que les nouvelles émissions de leurs ‘chères’ postes suisses ne sont plus vraiment dignes de figurer dans leurs collections.

Il y a fort à parier que le mythe de Guillaume Tell survivra à ce mauvais traitement infligé par la régie nationale.

Dans le passé, les Tell - d’abord le fils puis le père - ont occupé une place importante dans la philatélie suisse ouvrant la voie à l’émancipation masculine, au moins dans les timbres.

La figure d’Helvetia

Au cours d‘une première période, qui commence en 1849, c’est le drapeau suisse qui est choisi comme motif pour les timbres nationaux. A partir de 1854, la figure d’Helvetia s’impose.

Le «Strubeli» des débuts, avec son Helvétie scandaleusement ébouriffée, cède la place à partir de 1862 - et jusqu’en 1881 - à une «Helvetia assise» portraiturée cette fois-ci dans toutes les règles de l‘art.

Quant à l’«Helvetia debout», qui domine dans les variantes les plus diverses entre 1882 et 1907, elle a toujours été appréciée des collectionneurs et l’est encore aujourd’hui.

Pour le jubilé de l’Union postale universelle (1900), on en reste à une figure féminine avant de revenir au drapeau de 1905 à 1907.

Mais les hommes restaient désespérément absents! Cette situation n’a pris provisoirement fin qu‘en 1907, soit 50 ans après le lancement des premiers timbres fédéraux.

Le petit Walter, le fils de Tell, fait son apparition sur les timbres de 2, 3 et 5 centimes, dominé par une énorme arbalète. Les Helvetia n’étaient pas battues pour autant.

Elles ont continué de régner pendant près de 80 ans sur les timbres réguliers, donc émis en dehors de tout événement particulier, dans la variante du buste (deux timbres différents, 1907-14) ou assise avec une épée (1908-34).

Critiques à cause de l’arbalète

Créé par Albert Welti de Munich, le timbre avec le fils de Tell fut âprement critiqué, notamment en raison de l’arbalète jugée démesurée. A l’époque déjà, les goûts artistiques du public et ceux de la Poste n’étaient pas vraiment en harmonie.

La première version bordée de deux frises ornementales céda la place, deux ans plus tard, à une autre image représentant le fils de Tell juché sur une estrade et occupant tout l’espace du timbre.

Entre 1909 et 1911, il n’y eut pas moins de trois variantes, dont la troisième perdura jusqu‘en 1933 dans des couleurs et des valeurs d’affranchissement les plus diverses.

La voie était ainsi ouverte pour qu’un homme, un vrai, figure sur les timbres suisses. En juillet 1914, Guillaume Tell put enfin se substituer au buste d‘Helvetia.

Cette fois-ci, on privilégia les valeurs sûres: le motif choisi est une réplique du monument Tell d‘Altdorf, créé en 1895, par Richard Kissling dans une réalisation graphique très réussie.

Emis dans des valeurs d‘affranchissement de 10, 12 et 15 centimes dans un premier temps, selon les vieilles habitudes, les variantes ne tardèrent pas à faire leur apparition.

Sur ce que l’on appelle le type I du timbre rouge à 10 centimes – il a été mis en circulation deux mois après le type II – la barre centrale du H et du E de la désignation Helvetia figurent au milieu au lieu d’être aux deux tiers du timbre comme pour tous les autres Tell.

Le catalogue Zumstein

Un timbre qui reste très recherché. Selon le catalogue Zumstein 2004, il vaut 55 francs avec oblitération. Sur une enveloppe, sa valeur atteint même les 400 francs. En revanche, le Tell rouge ‘normal’ avec oblitération ne vaut pas plus que sa valeur nominale: 10 centimes.

Le Tell le plus coté est un timbre de 1920 à 15 centimes avec une surcharge de 20 centimes, sur un fond violet-noir (au lieu du violet). Pour en acquérir un exemplaire, il faut facilement compter 15‘000 francs.

Dans le catalogue susmentionné, 28 timbres à l’effigie de Tell sont répertoriés avec des valeurs d’affranchissement de 10 à 30 centimes auxquels s’en ajoutent 27 avec des surcharges pour des utilisations dites de service («Economie de guerre industrielle») et pour les organisations internationales (Société des Nations et Bureau international du travail).

Pas moins de 65 Tells, produits pour les carnets de timbres, sont répertoriés dans les catégories des têtes-bêches (deux timbres sont imprimés de cette manière), se-tenants et ponts (le plus cher vaut 17’500 francs) ou comme paires avec d’autres timbres.

Pour faire sa collection, le passionné de timbres Tell se référera au catalogue spécial Zumstein, où des centaines de variantes et erreurs d’impression sont décrites par le menu détail.

Et pourtant, la plupart des collectionneurs n’ont jamais vraiment apprécié les «Tell». Avec des valeurs d’affranchissement de 10 à 30 centimes, ils étaient tout simplement considérés comme trop «communs».

Les Helvetias, avec des valeurs nominales jusqu’à trois francs, devaient probablement apparaître un peu plus «sexy» aux yeux des philatélistes, qui, ne l’oublions pas, se recrutent essentiellement parmi la gent masculine.

swissinfo, Max Frenkel
(Traduction: Bertrand Baumann)

En bref

Max Frenkel, qui signe cet article pour swissinfo, avait une rubrique sur la philatélie dans la Neue Zürcher Zeitung (NZZ).

Ses textes ont rencontré un important succès lorsqu’il s’est mis à utiliser la philatélie pour porter un regard satirique sur la politique.

Max Frenkel a pris sa retraite en 2003. Et sa rubrique est partie avec lui. Il collabore encore avec l’édition dominicale de la NZZ.

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