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A Bahreïn, élection d'un nouveau Parlement sans voix dissidente

Depuis 2011, de nombreux dissidents ont été emprisonnés, dont le cheikh Ali Salman, ancien chef d'Al-Wefaq.

KEYSTONE/AP/HASAN JAMALI

(sda-ats)

Les Bahreïnis, dont le pays accueille la cinquième flotte américaine et une base britannique, ont voté samedi pour élire un nouveau Parlement. Le scrutin s'est déroulé sans les principaux groupes d'opposition, interdits par le pouvoir.

Les 54 bureaux de vote dans ce petit royaume du Golfe ont fermé à 20h00 locales (18h00 en Suisse) et les résultats sont attendus en principe dimanche. Les autorités ont annoncé un taux de participation de 67%, "bien supérieur aux dernières élections en 2014".

Au total, 293 candidats, dont 41 femmes, se disputent les 40 sièges du Parlement et les votes des 350'000 électeurs. Un scrutin municipal coïncide avec les élections parlementaires.

Alors que certains électeurs ont reçu des SMS assurant que leur nom avait été barré de la liste électorale, le ministère de l'Intérieur a appelé samedi les Bahreïnis à "ne pas prêter attention aux rumeurs".

Ces informations sont erronées, a-t-il assuré. Le ministère a accusé Téhéran d'être à l'origine de 40'000 SMS envoyés à des citoyens bahreïnis, "visant à nuire" aux élections, et précisé que d'autres messages provenaient de personnes se trouvant à l'intérieur du royaume.

Appels au boycott

Le pouvoir à Manama, allié clé des Etats-Unis dans la région et de l'Arabie saoudite, accuse régulièrement l'Iran chiite, qui dément, de provoquer des troubles dans le royaume. L'absence des candidats des deux principaux groupes interdits de l'opposition, Al-Wefaq (chiite) et Waad (laïc), a suscité des appels au boycott des élections.

Les dernières législatives, en 2014, avaient été boycottées par l'opposition qui les avait qualifiées de "farce".

Bahreïn a été secoué par des troubles à partir de 2011, lorsque les forces de sécurité ont réprimé les protestations de la communauté musulmane chiite qui réclamaient une monarchie constitutionnelle et un Premier ministre issu de la majorité parlementaire.

Le pays, qui compte environ 1,4 million d'habitants, est gouverné par des sunnites. Sa population est majoritairement chiite, selon des estimations non officielles contestées par le gouvernement.

Inquiétude des ONG

En amont du vote, la répression contre les voix dissidentes s'est intensifiée, a affirmé l'ONG Amnesty International, soulignant sa grande "inquiétude" face au sort d'opposants "emprisonnés, intimidés et réduits au silence".

Avant le scrutin, au moins six personnes ont été arrêtées et inculpées pour "obstruction au processus électoral", selon le procureur.

Le 4 novembre, le cheikh Ali Salman, ancien chef d'Al-Wefaq, a été condamné à la prison à vie pour "intelligence" avec le Qatar, un jugement qualifié de parodie par des défenseurs des droits de l'Homme.

Comme lui, des centaines d'opposants, majoritairement chiites, ont aussi été déchus de leur nationalité, et des dizaines d'autres emprisonnés. Et une loi promulguée en juin a interdit aux dirigeants et membres des mouvements dissous Waad et Al-Wefaq de se présenter aux élections.

Pas de changement

En éradiquant toute source de contestation, le pouvoir a fait perdre à ce scrutin "toute signification pratique et politique", juge Neil Partrick, dont les recherches se concentrent sur le Golfe.

La chambre basse du Parlement, qui compte 40 sièges, a le pouvoir d'examiner et d'adopter les projets de loi proposés par le roi ou le gouvernement, mais la chambre haute, ou Conseil consultatif, formée de personnalités nommées par le roi, a le pouvoir de les bloquer.

Sensibles aux appels de boycott, de nombreux Bahreïnis "ne prendront simplement pas la peine de voter", estime Jane Kinninmont, spécialiste du Golfe durant des années à l'Institut Chatham House à Londres.

Pour elle, "les élections ne changeront pas grand-chose puisque la quasi-totalité des partis d'opposition sont désormais interdits et leurs dirigeants emprisonnés".

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