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Le leader de la contestation populaire qui gronde dans la région de Al-Hoceïma au Maroc est recherché depuis vendredi soir par la justice, après avoir interrompu le matin même le prêche d'un imam dans une mosquée de la ville (image symbolique).

KEYSTONE/AP EFE/EMILIO MORENATTI

(sda-ats)

La police est intervenue en force samedi soir dans la ville d'Al-Hoceïma (nord du Maroc) pour empêcher toute manifestation d'ampleur en soutien à Nasser Zefzafi. Le leader de la contestation populaire de la région est actuellement en fuite et recherché par la justice.

Après une journée calme marquant le premier jour du mois de jeûne de ramadan, des incidents ont éclaté samedi soir tard. Des groupes de jeunes ont commencé à se rassembler aux cris de "Vive le Rif" ou de "Nous sommes tous Zefzafi" et à converger vers le centre-ville.

Les forces anti-émeutes sont intervenues presque immédiatement pour les disperser violemment à coups de matraques, a constaté l'AFP. "Pourquoi vous nous tapez?", s'exclamait l'un de ces manifestants, tandis que la plupart reculaient sous les coups, se mettaient à couvert dans les ruelles, et que d'autres lançaient des pierres sur les policiers.

Les incidents ont duré près d'une heure, et ont cessé vers minuit, heure à laquelle les rues sont devenues quasi-désertes, à l'exception des forces anti-émeutes, concentrées notamment sur la grande place de la ville, et de quelques petits groupes de jeunes disséminés dans l'obscurité des quartiers.

Des heurts similaires ont été signalés dans la ville voisine d'Imzouren, où les forces de l'ordre sont là aussi intervenues pour disperser les rassemblements, selon des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

Recherché

Dans la région du Rif, réputée frondeuse, la province d'Al-Hoceima est le théâtre de manifestations récurrentes depuis la mort fin octobre 2016 d'un vendeur de poisson. L'homme a accidentellement été broyé dans une benne à ordures.

Au fil des mois, la contestation, menée par un petit groupe d'activistes locaux, a pris une tournure plus sociale et politique, exigeant le développement du Rif, -marginalisé selon eux- dans un discours identitaire teinté de conservatisme et de références islamiques.

Défiant le "maghzen" (pouvoir) depuis des mois par ses harangues enflammées, Nasser Zefzafi, le leader de ce mouvement (baptisé "hirak", ou la mouvance), est recherché depuis vendredi soir par la justice, après avoir interrompu le matin même le prêche d'un imam dans une mosquée de la ville. Il est accusé d'avoir "insulté le prédicateur", "prononcé un discours provocateur" et "semé le trouble", selon le procureur local.

"Caractère pacifique"

Selon l'Association marocaine des droits humains (AMDH) en revanche, c'est "l'insistance" de l'imam "à mobiliser les fidèles contre les manifestations" qui "a suscité l'ire des militants du hirak" présents, en particulier Nasser Zefzafi qui s'est estimé "directement ciblé par ce prêche".

M. Zefzafi a pu échapper à la police et est actuellement en fuite. Dans une dernière vidéo diffusée vendredi, il a appelé à "maintenir le caractère pacifique des marches".

Des premiers heurts ont néanmoins eu lieu dans la nuit de vendredi à samedi, qui ont fait trois blessés graves parmi la police, selon un bilan officiel. Les forces de l'ordre, en uniforme et en civil, sont déployées en nombre dans cette agglomération d'environ 56'000 habitants.

Arrestations

Vingt personnes, dont plusieurs militants connus du "hirak", ont été arrêtées ces dernières 48 heures, a annoncé le procureur de la ville. Elles sont accusées notamment "d'atteinte à la sécurité intérieure", d'avoir "reçu des transferts d'argent et un appui logistique de l'étranger" pour "porter atteinte à l'intégrité du royaume", ou encore d'alimenter "l'humiliation et l'hostilité à l'égard des symboles du pays".

Selon l'AMDH, ce sont au moins 28 personnes qui ont été interpellées depuis deux jours. Parmi elles figurent Mohammed Jelloul, un activiste récemment libéré de prison, ainsi que plusieurs militants connus du "hirak", dont certains rendaient compte au quotidien des activités du mouvement sur les réseaux sociaux.

L'ONG a demandé leur libération et mis l'Etat en garde "contre la répression, qui ne sera pas une solution".

En réponse aux manifestations et aux revendications des contestataires, l'Etat avait relancé ces dernières semaines tout un catalogue de projets de développement pour la région, érigée en "priorité stratégique", tout en disant vouloir "favoriser la culture du dialogue".

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ATS