"Dehors le FMI !", "Nous ne voulons plus de morts" : pacifiques mais déterminées, un millier de femmes équatoriennes ont défilé samedi dans les rues de Quito contre les mesures économiques du président Lenin Moreno.

Alors qu'on entend au loin les détonations de nouveaux heurts entre manifestants et forces de l'ordre, un petit groupe de femmes chante, accompagnées de musique, en attendant d'être rejointes par d'autres.

"On a décidé d'aller vers le nord de la ville car beaucoup de femmes avaient peur de venir à l'Arbolito", le parc où campent depuis une semaine des milliers d'indigènes en colère, confie à l'AFP une manifestante.

Le parc est devenu le théâtre quotidien de violents affrontements, dans une vague de contestation sociale qui a fait cinq morts et plus de 2000 blessés dans le pays.

"Unies pour la lutte"

L'élément déclencheur de cette crise sans précédent a été l'annonce par le président Moreno d'une série de mesures économiques, dont une hausse de plus de 100% du prix de l'essence, en échange d'un prêt du Fonds monétaire international (FMI) de 4,2 milliards de dollars.

Quand arrivent les autres participantes, le groupe se met en marche, avec en première ligne plusieurs indigènes qui se tiennent par le bras ou par la main. "Que c'est beau des femmes unies, unies pour la lutte !", reprennent-elles en choeur en s'avançant dans les rues de la capitale, sans aucune présence policière visible à leurs côtés.

Mégaphone en main, Cristina Yallico, en tête du cortège, harangue la foule et lance à l'adresse des autorités : "Gouvernement, écoute les femmes. Nous voulons qu'il n'y ait pas un mort de plus !"

"Sans les balles"

Le calme du défilé tranche avec la brutalité qui règne dans les rues de la capitale, où le président Moreno a décrété samedi l'application d'un couvre-feu et l'instauration d'un contrôle militaire, "face aux intolérables débordements de violence".

"Nous voulons dialoguer, mais sans les balles", témoigne Maria Boada, 56 ans, qui porte le t-shirt de l'organisation féministe Mujeres por el cambio (Femmes pour le changement).

Et "ce sont nous, les femmes, qui souffrons le plus des mesures économiques" annoncées, assure-t-elle. "Cela nous affecte car le lait est plus cher, le riz aussi, le transport aussi, et donc c'est le coût de la vie qui augmente".

Non loin de là, Maria Inga, 20 ans, originaire de la région du volcan Chimborazo (centre) et vêtue d'une tenue traditionnelle indigène, renchérit : le président "aurait pu s'en prendre aux riches, mais il s'en prend à nous les pauvres". "On ne va pas le laisser faire et on va continuer de se battre", mais par "une manifestation pacifique", insiste-t-elle.

Et le silence s'est fait

Déjà, vendredi, au milieu des grenades lacrymogènes de la police et des fusées artisanales des manifestants, un groupe de femmes indigènes avait fendu la foule, mains levées, parvenant ainsi à ramener brièvement le calme.

Cela faisait déjà plusieurs heures qu'un cortège de manifestants tentait de faire reculer les policiers, déployés aux abords du Parlement : à chaque avancée, les forces de l'ordre répliquaient en lançant du gaz lacrymogène et des grenades assourdissantes, provoquant un mouvement de panique dans la foule.

Soudain, un groupe d'une quinzaine de femmes indigènes est apparu et s'est avancé parmi les manifestants, en levant les mains en signe de paix. Immédiatement le silence s'est fait. La police n'a pas osé les prendre pour cibles et elles ont lentement rejoint la tête du cortège, permettant à celui-ci d'avancer.

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