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Dans la nuit du 20 au 21 août 1968, une trentaine de divisions soviétiques, soutenues par des unités bulgares, hongroises, polonaises et est-allemandes, ont mis brutalement fin au Printemps de Prague (archives).

KEYSTONE/EPA/STR

(sda-ats)

Les Tchèques et les Slovaques marquent mardi le 50e anniversaire de l'écrasement par les chars soviétiques du Printemps de Prague de 1968. Certains d'entre eux ont saisi l'occasion pour dénoncer l'actuel gouvernement tchèque, soutenu par les communistes.

Une cérémonie d'hommage au plus de 400 victimes de l'intervention et de l'occupation soviétiques a été organisée à la mi-journée à Prague devant le bâtiment de la Radio. Elle a été émaillée de vives protestations contre le cabinet de l'homme d'affaires milliardaire, Andrej Babis.

Composé du mouvement populiste ANO de M. Babis et du parti social-démocrate CSSD, ce gouvernement n'a remporté le vote de confiance que grâce au soutien du parti communiste KSCM nostalgique de l'ancien régime. Il s'agit d'une première depuis la chute du rideau de fer en 1989.

Victimes "déshonorées"

"Qui gouverne avec les communistes, déshonore les victimes de l'occupation de 1968!", pouvait-on lire sur une pancarte brandie par un protestataire. Une quinzaine de Tchèques, jeunes pour la plupart, ont trouvé la mort le 21 août 1968 devant le bâtiment de la Radio, alors qu'ils tentaient d'empêcher à mains nues la prise de l'immeuble par les envahisseurs.

Des cris "Honte!" et des sifflements assourdissants de plusieurs centaines de manifestants ont accompagné le discours de M. Babis, entouré de sa garde rapprochée, ainsi que celui du chef de la Chambre basse Radek Vondracek, lui aussi membre d'ANO.

Les détracteurs de M. Babis lui reprochent aussi son appartenance au parti communiste et sa collaboration présumée avec la police secrète StB, avant 1989. "Bures, va-t-en!", ont également scandé les manifestants, en allusion au nom de code présumé de M. Babis, dans les dossiers de la StB.

Précurseur de la perestroïka

Précurseur de la perestroïka gorbatchevienne, le Printemps de Prague incarné par Alexander Dubcek s'est traduit notamment par une réforme politique et économique, la levée de la censure et une libéralisation des activités culturelles. Dans la nuit du 20 au 21 août 1968, une trentaine de divisions soviétiques, soutenues par des unités bulgares, hongroises, polonaises et est-allemandes, ont mis brutalement fin à ce rêve éphémère.

"Aujourd'hui, les dirigeants politiques démocratiques ont le devoir de défendre notre liberté, notre possibilité de prendre des décisions concernant notre avenir sans redouter que ces décisions seront réprimées par une force brutale", a déclaré en soirée le président slovaque Andrej Kiska, dans un discours transmis également par la télévision tchèque.

"C'est pourquoi nous avons besoin d'alliés avec les mêmes valeurs et le même respect pour la liberté, les droits de l'homme et la démocratie. De tels alliés et partenaires, nous les avons dans l'Union européenne et l'OTAN, deux piliers de notre prospérité et notre sécurité", a poursuivi le président de la Slovaquie qui s'est séparée à l'amiable de la République Tchèque en 1993.

Messages de l'UE

"La liberté et le respect des droits de l'homme ne vont pas de soi: c'est une lutte de chaque instant. Je ne peux imaginer de meilleure façon d'honorer la mémoire des héros du Printemps de Prague", a écrit le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

"Il y a cinquante ans, l'invasion soviétique en Tchécoslovaquie a écrasé le Printemps de Prague. Mais ce désir de liberté et de démocratie a survécu et constitue l'essentiel de ce qui unit l'Europe aujourd'hui", a écrit mardi le président du conseil européen Donald Tusk sur Twitter.

De nombreuses cérémonies, concerts et rassemblements ont eu lieu mardi à travers la République tchèque. Dans la soirée, un concert àtait programmé sur la Place Venceslas, en présence de plusieurs vedettes de la musique pop dont la chanteuse Marta Kubisova. En 1968, Marta Kubisova se mit ouvertement du côté du Printemps de Prague.

Mutisme du président pro-russe

Tout au long de la journée de mardi, la télévision publique Ceska Televize (CT) diffuse des émissions spéciales. Le chef de l'Etat tchèque Milos Zeman, à qui ses détracteurs reprochent souvent une politique pro-russe, a pour sa part décidé de garder le silence.

En Slovaquie, qui s'est séparée de la République tchèque en 1993, l'événement le plus marquant est l'inauguration à Kosice d'un monument au journaliste d'investigation Jan Kuciak, assassiné le 21 février dernier avec sa fiancée.

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