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L'icône de la gauche latino-américaine Lula compte sur le soutien de plusieurs milliers de partisans, qui ont afflué tout au long de la journée de mardi à Curitiba, ville du sud du Brésil où aura lieu l'audience, prévue mercredi à 14h00 (19h00 en Suisse).

KEYSTONE/EPA EFE/FERNANDO BIZERRA JR.

(sda-ats)

L'ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva fait face pour la première fois mercredi au juge anticorruption Sergio Moro. L'interrogatoire s'annonce explosif autant à l'intérieur qu'à l'extérieur du tribunal.

L'icône de la gauche latino-américaine compte sur le soutien de plusieurs milliers de partisans, qui ont afflué tout au long de la journée de mardi à Curitiba, ville du sud du Brésil où aura lieu l'audience, prévue à 14h00 (19h00 en Suisse). Plusieurs dizaines d'entre eux ont même campé sur place, dans des tentes plantées sur le bord de la route.

Les autorités locales ont prévu un important dispositif de sécurité, en bouclant le quartier du tribunal pour éviter des affrontements entre militants pro et anti-Lula.

L'ex-président est visé par cinq procédures judiciaires liées à l'opération "Lavage-express". Cette enquête tentaculaire a révélé un vaste réseau de corruption orchestré par des entreprises du bâtiment pour truquer systématiquement les marchés publics, notamment ceux du géant pétrolier étatique Petrobras.

Il ira à la barre mercredi pour se défendre d'accusations selon lesquelles il aurait reçu un appartement en triplex dans la station balnéaire de Guaruja (Etat de Sao Paulo, sud-est) en guise de pot-de-vin.

Selon les procureurs, Lula aurait bénéficié de largesses à hauteur de 3,7 millions de réais (1,16 million de dollars) de la part d'OAS, une société de BTP impliquée dans le scandale Petrobras.

Appel au calme

L'ancien ouvrier métallurgiste nie en bloc et compte sur une présence massive de ses partisans pour donner un ton politique à un interrogatoire que le jeune magistrat de 44 ans tente en vain de faire passer pour une procédure "normale".

C'est dans ce contexte que la justice brésilienne a ordonné mardi soir la suspension des activités de l'Institut Lula, fondation basée à Sao Paulo (sud-est) qui représente l'ancien chef de l'Etat. Ce lieu aurait abrité des rencontres en vue de commettre des délits.

De son côté, le juge Moro a lancé samedi un appel au calme sur Facebook pour tenter d'éviter des affrontements de militants pro et anti-Lula. "Nous voulons éviter tout type de confusion ou d'affrontements, je ne veux pas que quelqu'un se blesse. Ne venez pas, ce n'est pas nécessaire, laissez la justice faire son travail", a affirmé le magistrat.

Ce dernier a été érigé au rang de héros national par de nombreux Brésiliens. Sa popularité est telle que des tee-shirts à son effigie sont vendus dans les rues du Curitiba.

Et à la transparence

Du côté des militants pro-Lula, ont s'attend à des manifestations pacifiques. Plus de 100 autocars sont déjà partis de Sao Paulo, la capitale économique du pays, d'après le Front Brésil Libre, qui coordonne les mouvements sociaux de soutien à l'ex-président.

"Nous sommes venus parce que ce procès contre Lula est contraire aux règles de la justice brésilienne. Il faut montrer que le peuple est attentif. Nous demandons juste de la transparence", explique Jo Portilho, employée de banque de 54 ans venue de Rio de Janeiro (sud-est).

Ambitions présidentielles

Des pointures de la gauche brésilienne sont aussi attendues à Curitiba, y compris la dauphine de Lula, l'ex-présidente Dilma Rousseff (2011-2016), destituée l'an dernier pour maquillage des comptes publics. L'enjeu est de taille, car une condamnation pourrait étouffer dans l'oeuf toute ambition de retour du pouvoir de celui qui a présidé le pays de 2003 à 2010.

Le verdict est attendu sous 45 à 60 jours. S'il est reconnu coupable et la décision confirmée en appel, Lula encourt une peine de prison et ne pourra pas se présenter à l'élection présidentielle de 2018.

Malgré les affaires, il est largement en tête des intentions de vote, bien que suscitant également un niveau élevé de rejet. L'usure du pouvoir qui a teinté de gris sa barbe légendaire n'a pas entamé l'esprit combatif de ce tribun à voix rauque, qui prépare le duel explosif avec le juge Moro comme un pugilat.

"Ça fait deux ans que je vois dans la presse que je vais finir en prison. Ils ont intérêt à m'arrêter bientôt, sinon c'est peut-être moi qui vais les faire arrêter à cause de tous les mensonges qu'ils profèrent", s'est insurgé l'ex-président vendredi soir, lors d'un congrès du Parti des Travailleurs.

ATS

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