Le Venezuela "réfute catégoriquement" les allégations de l'ONU sur un nombre "élevé" d'exécutions extrajudiciaires présumées. Il a ciblé vendredi à Genève le rapport du Haut-Commissariat aux droits de l'homme. La Suisse demande la fin des groupes armés paraétatiques.

Devant le Conseil des droits de l'homme, le vice-ministre des Affaires étrangères William Castillo a dénoncé une approche "incompréhensible, sélective et partiale". Le gouvernement demande au Haut-Commissariat de modifier les nombreuses imprécisions, selon lui, dans le rapport publié jeudi.

Il cible notamment le fait que 460 des quelque 560 personnes interrogées se trouvent à l'étranger, y voyant des témoignages venant surtout d'opposants au chef de l'Etat Nicolas Maduro. "J'ai rencontré des victimes des deux côtés", a répondu devant la presse la Haute commissaire Michelle Bachelet, qui a récemment passé quelques jours dans le pays. Mais "les Etats ont la principale responsabilité" pour garantir que les droits humains sont respectés.

S'il a admis près de 6900 exécutions depuis 2018 lors d'opérations de sécurité dans des quartiers considérés comme anti-pouvoir, le gouvernement mentionne des actes dus à une "résistance à l'autorité". Et affirme que moins de 300 procédures ont été ouvertes depuis 2017 "pour homicide, traitement cruel et violation de domicile".

Investigations nécessaires

Dans le rapport, le Haut-Commissariat relève que de nombreuses victimes lors de ces actions ont subi des "exécutions extrajudiciaires" présumées, qui doivent faire l'objet d'investigations. Il ajoute que les chiffres donnés par le gouvernement pourraient sous-estimer la situation.

Selon une ONG vénézuélienne, les interventions d'unités d'élite de la police pourraient avoir tué un nombre de personnes une fois et demie plus important. Outre ces unités, le rapport de l'ONU attribue encore la responsabilité de plus de 50 décès sur une soixantaine dans des manifestations entre janvier dernier et fin mai aux forces de sécurité et aux "collectivos", des milices qui soutiennent Nicolas Maduro.

Devant le Conseil, l'ambassadeur suisse auprès de l'ONU à Genève Valentin Zellweger a demandé la fin de ces "groupes armés paraétatiques". Le Venezuela doit "renoncer à l'usage excessif de la force", a-t-il ajouté. Berne attend toujours la réponse de Caracas sur le scénario d'une représentation par la Suisse des intérêts américains au Venezuela comme Washington le souhaite.

De son côté, Mme Bachelet a elle à nouveau relevé la diminution de l'état de droit au Venezuela. Elle a souligné que son bureau allait évaluer la Commission nationale de prévention de la torture et l'accès à la justice. "La torture est un réel problème", a-t-elle également souligné devant la presse après le décès en détention d'un militaire qui aurait subi des abus.

M. Zellweger demande au gouvernement vénézuélien de "se conformer" à ses engagements de collaboration sur ces questions. Mais aussi concernant l'accès aux centres de détention et l'ouverture à 10 experts indépendants de l'ONU et aux ONG.

Suisse inquiète pour les députés vénézuéliens

La Suisse appelle aussi les autorités à garantir les libertés fondamentales et les droits humains des citoyens et à étendre la collaboration pour l'acheminement d'assistance humanitaire. Fin mai, plus de 790 opposants restaient détenus arbitrairement, selon une ONG. Parmi ceux-ci, Berne est également très "préoccupée" par la situation de nombreux parlementaires de l'Assemblée nationale que Nicolas Maduro ne reconnaît plus.

Comme l'un de ces députés, en exil, mercredi devant l'instance onusienne, le président d'une ONG vénézuélienne des droits humains a appelé vendredi à une Commission d'enquête internationale. Dans son rapport, Mme Bachelet a elle demandé la fin des unités d'élite de la police et recommandé un mécanisme national indépendant, soutenu par la communauté internationale, pour des investigations sur leur dispositif.

Devant la presse, elle a expliqué les raisons pour lesquelles elle n'appelle pas au lancement d'une Commission d'enquête internationale, contrairement à son prédécesseur Zeid Raad al-Hussein. "Nous sommes dans une situation très différente", dit-elle.

Elle a obtenu que deux collaborateurs puissent surveiller les efforts dans le pays. Un bureau pourrait en outre être ouvert d'ici six mois. "Nous ne donnons pas de délai" au gouvernement pour appliquer les recommandations, dit-elle. Les deux parties vont continuer de discuter.

Les proches du président autoproclamé Juan Guaido, opposés à Nicolas Maduro, accueillent favorablement le rapport. Le député en exil a dit vendredi devant la presse à Genève ne pas s'attendre à une "réflexion" du gouvernement sur les recommandations. Mais les Etats proches de Nicolas Maduro ne peuvent plus ignorer qu'ils soutiennent une "dictature" responsable de "crimes contre l'humanité", ajoute aussi ce parlementaire.

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