Contenu externe

Le contenu suivant a été fourni par des partenaires externes. Nous ne pouvons ainsi pas garantir son accessibilité à tous les utilisateurs.

De nombreuses personnes s'étaient rassemblées devant le tribunal dans la matinée, procédant à un lâcher de ballons multicolores et scandant: "la presse libre ne peut être réduite au silence".

KEYSTONE/EPA/ERDEM SAHIN

(sda-ats)

Plusieurs journalistes du quotidien turc Cumhuriyet, farouche critique du président Recep Tayyip Erdogan, ont rejeté lundi les accusations d'activités "terroristes" pesant contre eux. Leur procès cristallise les inquiétudes liées à la liberté de la presse en Turquie.

"Le journalisme n'est pas un crime", ont scandé plusieurs centaines de personnes. Réunies devant le palais de justice, elles ont dénoncé les poursuites judiciaires contre des journalistes, des cadres et des avocats du journal, titre emblématique de la presse laïque.

L'accusation réclame jusqu'à 43 ans de prison pour les accusés, parmi lesquels figurent certains des journalistes les plus connus de Turquie dont Murat Sabuncu, le rédacteur en chef de Cumhuriyet, en détention préventive depuis novembre. Can Dundar, qui vit en Allemagne, est jugé par contumace.

"Guerre asymétrique"

Selon l'acte d'accusation, ils s'en sont pris au président turc Recep Tayyip Erdogan avec des "méthodes de guerre asymétrique". Le journal, poursuit l'acte d'accusation, serait passé sous le contrôle de fait du réseau que dirigerait le prédicateur en exil Fethullah Gülen, accusé par le pouvoir d'être l'instigateur du coup d'Etat manqué de juillet 2016.

"Cumhuriyet n'a pas peur, ne se rendra pas, n'abandonnera pas", a déclaré au tribunal le patron du quotidien Akin Atalay, qui fait partie des accusés. "L'indépendance et la liberté sont l'ADN de ce journal", a-t-il ajouté, selon un journaliste de l'AFP dans la salle d'audience.

"Je ne suis pas ici parce que j'ai, en connaissance de cause, aidé une organisation terroriste, mais parce que je suis un journaliste indépendant, curieux et critique", a déclaré à la cour l'un des accusés, l'éditorialiste Kadri Gürsel.

"Sinistre coopération"

Il a démenti avoir des liens avec le mouvement de Fethullah Gülen. Il a rappelé qu'il avait par le passé révélé des relations entre l'AKP, le parti islamo-conservateur du président Erdogan et le mouvement de Gülen. "J'ai exposé la coalition de fait entre l'actuel gouvernement avec ce groupe et j'ai prévu le mal que cette sinistre coopération ferait au pays", a-t-il déclaré au tribunal.

Des messages diffusés sur les réseaux sociaux constituent l'essentiel des pièces de l'accusation, qui s'appuie aussi sur des contacts présumés entre des journalistes du quotidien et des utilisateurs de l'application ByLock. Cette messagerie cryptée est utilisée, selon le gouvernement turc, par les réseaux gülénistes.

Procès du "journalisme en Turquie"

Cumhuriyet, qui a dénoncé pour sa part des "accusations imaginaires", est soutenu par des associations de défense des droits de l'homme. Dans un communiqué publié vendredi, l'organisation Reporters sans Frontières (RSF) a annoncé le lancement d'une pétition pour appeler la justice à abandonner les poursuites et à remettre en liberté les journalistes emprisonnés.

"Le procès de Cumhuriyet est celui du journalisme en Turquie", a dénoncé Christophe Deloire, le secrétaire général de RSF. Le président de l'organisation, Pierre Haski, a estimé que la France devrait faire davantage "pression" sur la Turquie.

Depuis le putsch manqué du 15 juillet 2016, quelque 150 organes de presse ont été fermés et 160 journalistes environ se trouvent derrière les barreaux, selon l'Association des journalistes turcs.

ATS