"Vivre ensemble, c'est urgent": plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dimanche après-midi à Paris pour une manifestation contre l'islamophobie. Le défilé, dont le principe a fortement divisé le monde politique, vise à dénoncer les actes antimusulmans.

"Oui à la critique de la religion, non à la haine du croyant", "stop à l'islamophobie", "vivre ensemble, c'est urgent", pouvait-on lire sur des pancartes de manifestants réunis devant la Gare du Nord. Il y avait aussi de nombreux drapeaux français. "Solidarité avec les femmes voilées", ont encore scandé des participants.

Quelque 13'500 personnes ont marché dans la capitale, selon un comptage réalisé par le cabinet Occurence pour un collectif de médias, dont l'AFP. La mobilisation, initiée par plusieurs personnalités et organisations comme le Collectif contre l'islamophobie en France.

"On entend tout et n'importe quoi"

L'appel à manifester a été lancé le 1er novembre dans le quotidien "Libération", quatre jours après l'attaque d'une mosquée à Bayonne et sur fond de débat ravivé sur le port du voile et la laïcité. Revendiquée par un ancien militant d'extrême droite de 84 ans, l'attaque avait fait deux blessés graves.

Le message initial était de dire "STOP à l'islamophobie", à la "stigmatisation grandissante" des musulmans, victimes de "discriminations" et d'"agressions". "J'en ai marre que dans la rue on me dise 'Rentre dans ton pays'. Je suis française !", raconte Amina, informaticienne de 26 ans.

"On entend tout et n'importe quoi sur l'islam et sur les femmes voilées aujourd'hui. On essaie de stigmatiser les musulmans, de les mettre à l'écart de la société", renchérit Asmae Eumosid, une femme voilée de 29 ans venue d'Epinay-sur-Seine.

A Toulouse, Mouss Amokrane, chanteur du groupe Zebda, s'est joint à la mobilisation d'environ 200 personnes. "C'est flagrant, la multiplication, l'explosion des actes antimusulmans", regrette-t-il. A Marseille, un autre rassemblement a eu lieu avec quelques centaines de personnes - familles musulmanes, mais aussi syndicalistes et militants de gauche. La foule a scandé "nous sommes tous des enfants de la République".

Classe politique déchirée

Depuis l'appel à manifester, la classe politique se déchire au sujet de ce rassemblement dans un pays qui oscille entre les dénonciations de la "stigmatisation", dont seraient victimes les musulmans, et la contestation de la "radicalisation".

La notion-même d'"islamophobie", ainsi que l'identité de certains signataires de l'appel - comme le Collectif contre l'islamophobie (CCIF) accusé de liens avec les Frères musulmans -, ont conduit une partie de la gauche à ne pas s'y associer, notamment au Parti socialiste, ou à relativiser leur soutien initial, comme l'eurodéputé écologiste Yannick Jadot.

Plusieurs élus du parti de gauche radicale La France insoumise étaient en revanche présents. Son chef de file Jean-Luc Mélenchon a appelé avant le départ de la marche à ne pas "confondre quelques personnes avec la valeur de la cause qui est servie".

"Fins politiques"

Pour la présidente du parti d'extrême droite Rassemblement national Marine Le Pen, "tous ceux qui vont se rendre à cette manifestation seront main dans la main avec les islamistes, c'est-à-dire ceux qui développent dans notre pays une idéologie totalitaire qui vise à combattre les lois de la République française".

La députée Aurore Bergé, porte-parole du parti macroniste La République en Marche, s'est aussi élevée dimanche contre "une marche qui attaque l'Etat et qui utilise un terme (islamophobie) dont on sait bien qu'il est utilisé à des fins politiques". En revanche, "si demain il y avait une grande marche pour lutter contre le racisme sous toutes ces formes, nous serions les premiers à être présents".

La France est le pays d'Europe occidentale qui compte la plus importante communauté musulmane (7,5% de la population).

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