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Le Laboratoire de Spiez (BE) était dans le collimateur des espions russes. Rien n'a fuité, selon ses responsables, qui ont confirmé une tentative de cyberattaque (archives).

KEYSTONE/ALESSANDRO DELLA VALLE

(sda-ats)

Deux espions russes présumés ont été arrêtés aux Pays-Bas pour soupçon de piratage du Laboratoire de Spiez (BE) puis renvoyés en Russie au printemps. Ils sont aussi soupçonnés d'une tentative de cyberattaque contre l'Agence mondiale antidopage (AMA) à Lausanne.

Ces deux agents, interceptés par le service du renseignement militaire néerlandais, étaient impliqués dans une tentative de piratage du réseau informatique du Laboratoire de Spiez - l'Institut suisse pour la protection contre les menaces et dangers atomiques, biologiques et chimiques (ABC) -, avaient rapporté vendredi les quotidiens néerlandais NRC et les journaux suisses du groupe Tamedia.

Le Service de renseignement de la Confédération (SRC) a confirmé à Keystone-ATS être au courant du "cas de La Haye et du renvoi des deux espions russes".

La responsable de la communication au sein du SRC a affirmé que "le Service a activement participé à cette opération avec ses partenaires néerlandais et britanniques". L'intervention a permis de "prévenir toute action illégale contre une infrastructure suisse critique".

Espionnage politique

Samedi, le Ministère public de la Confédération (MPC) a déclaré que ces deux mêmes personnes faisaient l'objet d'une enquête depuis mars 2017 pour "cyber-attaque contre l'Agence mondiale antidopage", dont le siège européen est à Lausanne.

"L'enquête est menée sur la base d'un soupçon d'espionnage politique", a précisé une porte-parole, Linda von Burg, confirmant qu'il s'agissait des personnes "concernées par l'opération mentionnée par le SRC", en lien avec l'attaque du laboratoire de Spiez.

Le MPC a demandé à l'Office fédéral de la justice l'autorisation de poursuivre ces deux personnes à propos de l'incident de l'Agence mondiale antidopage, a ajouté Mme von Burg. L'AMA a quant à elle refusé de commenter.

Vives tensions

Les tensions entre la Russie et l'AMA sont vives depuis des années. L'AMA, basée à Montréal, a suspendu en 2015 l'Agence russe antidopage (RUSADA), en réponse à son rôle-moteur dans le système de dopage d'Etat qui régissait le sport russe entre 2011 et 2015.

L'AMA a toutefois annoncé vendredi que cette suspension pourrait être levée le 20 septembre lors de son prochain conseil exécutif, son "comité indépendant de révision de conformité" ayant recommandé la réintégration de la RUSADA.

Vendredi, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avait balayé les accusations visant les deux Russes de tentative de cyber-attaque contre le Laboratoire de Spiez. Il avait dit ne pouvoir "croire qu'un tel événement (...) ait pu échapper à l'attention des médias" au moment de l'arrestation supposée de ces deux personnes.

Le Laboratoire de Spiez a notamment été chargé par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) d'analyser des échantillons prélevés à Salisbury (sud de l'Angleterre) où l'ex-espion russe Sergueï Skripal et sa fille ont été empoisonnés par l'agent innervant Novitchok en mars.

Le porte-parole du Laboratoire Andreas Bucher a dit ne pas pouvoir commenter les informations du SRC. Il peut en revanche confirmer que "le Laboratoire a été ciblé par des pirates informatiques. Mais nous sommes préparés à de telles éventualités. Aucune donnée n'a fuité".

Aide à l'OIAC sur la Syrie

Au moment de l'arrestation des deux agents russes présumés, ce laboratoire aidait aussi l'OIAC dans son enquête sur l'utilisation d'armes chimiques en Syrie, selon le quotidien néerlandais NRC.

Les deux agents sont des membres présumés du GRU, le renseignement militaire russe, selon le NRC. Leur identité n'a pas été révélée.

Le 26 mars, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte avait décidé d'expulser "deux agents du renseignement russe travaillant à l'ambassade de Russie", en réponse à l'attaque de Salisbury. NRC ignore s'il s'agit des hommes qui cherchaient à pirater le laboratoire de Spiez.

Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a convoqué l’ambassadeur de Russie pour protester contre cette "tentative d’attaque" et exigé de Moscou "de mettre fin immédiatement à ses activités d’espionnage sur notre territoire". Berne a aussi renforcé les contrôles lors des accréditations de diplomates.

Soupçons

En mars dernier, le Conseil fédéral notait dans son rapport de gestion 2017 que le nombre d'officiers des renseignements étrangers sous couverture diplomatique est important. Par exemple, pour un certain pays qu'il ne nomme pas, le Conseil fédéral soupçonne sérieusement que plus d'un quart du personnel diplomatique est lié au service de renseignements.

Selon Le Matin Dimanche et la SonntagsZeitung, il s'agit de la Russie. Contacté par Keystone-ATS, le SRC a fait savoir qu'il ne commente pas ces allégations.

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ATS