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Dans le lac de Morat, trop de brochets sont capturés.

KEYSTONE/GIAN EHRENZELLER

(sda-ats)

Les eaux des lacs sont analysées sous la loupe des scientifiques depuis cent ans. En un siècle, près d'un tiers des espèces de poissons ont disparu.

Il s'agit du premier recensement systématique de la faune piscicole des grands lacs suisses. Le "Projet Lac" est mené par le laboratoire d'hydrobiologie de l'Institut de recherche de l'eau du domaine des EPF Eawag qui fête ses 100 ans cette année.

Jusqu'ici, les seules données disponibles provenaient des pêcheurs. Elles permettaient de connaître le type d'espèces et le nombre de poissons capturés et relâchés. Mais l'étendue réelle de leur diversité restait inconnue.

Grâce au "Projet Lac", on peut déterminer "pour la première fois le degré réel de la biodiversité des poissons dans les lacs", explique Ole Seehausen du département écologie et évolution des poissons du laboratoire, dans la brochure du jubilé.

Ce projet doit aussi servir à comprendre pourquoi la diversité des espèces varie fortement d'un lac à l'autre et à mettre au jour les causes de la disparition de certaines espèces. Vingt-six lacs naturels alpins et préalpins ont été étudiés. Les résultats de la moitié d'entre eux sont déjà publiés.

Le Léman sans féra

En 170 ans, le lac de Morat a perdu plus du tiers (36%) de la biodiversité de poissons indigènes, révèle le rapport. Celui de Neuchâtel a lui vu disparaître un quart des espèces originelles en un siècle et demi, soit 8 sur 32. La bouvière, la carpe et la truite du lac sont en outre menacées.

Dans le Léman, 14 des 18 espèces indigènes sont toujours présentes. En revanche, aucun spirlin ni vairon n'ont été capturés, malgré 900 actions de pêche. Le plus grand lac d'Europe est désormais principalement peuplé par la perche, alors qu'il abritait auparavant en majorité la féra, l'omble et la truite, tous appartenant à la famille des salmonidés.

Les espèces indigènes vivant en profondeur sont particulièrement menacées, en raison de la désoxygénation. Certaines ont vraisemblablement disparu, comme la féra.

Manque d'oxygène

Si l'état de santé des lacs s'est généralement amélioré depuis le pic de pollution organique dans les années 1970, les rapports de l'inventaire en cours soulignent que la situation est loin d'être optimale, voire préoccupante.

Différents facteurs sont invoqués: la plupart des lacs souffrent d'un manque d'oxygène en profondeur, ce qui augmente le taux de nutriments. En d'autres termes, la qualité de l'eau est médiocre.

En outre, les rives sont de plus en plus construites. La moitié de celles du lac de Brienz sont artificielles. Pour le Léman, cette part monte à 70%, pour celui de Thoune (BE) à 72%.

Pêche en cause

Par ailleurs, l'apparition d'espèces jusqu'ici inconnues ("allochtones") a un impact sur la biodiversité, ainsi que la pêche. Qu'elle soit professionnelle ou de loisir, cette activité influence de manière sélective la composition des espèces. Dans le lac de Morat, trop de sandres, de brochets et de silures brochets et de silures sont capturés. Comme seuls ces prédateurs sont ciblés, cela crée un déséquilibre dans les populations de poissons.

Les lacs de Sils et de Poschiavo (GR) subissent également les conséquences de la pêche. Des ombles chevaliers et des ombles du Canada ont été lâchés dans le lac, les mettant en concurrence avec les truites autochtones. De plus, la truite commune européenne en provenance d'autres bassins versants s'est croisée avec les espèces indigènes, entraînant la disparition de la diversité.

Jusqu'en 2017

Pour établir ce vaste inventaire, les lacs font l'objet d'une pêche systématique, en recourant à des méthodes standardisées. Puis, les espèces sont déterminées, mesurées et photographiées, les gènes séquencés et les statistiques des captures analysées.

Le projet est né en 2010, année internationale de la biodiversité, sous l'impulsion de l'Eawag, de l'Université de Berne et du Musée d'histoire naturelle de Berne. L'Office fédéral de l'environnement, d'autres instituts de recherche et certains cantons y participent aussi. L'étude devrait durer jusqu'à la première moitié de 2017.

www.eawag.ch/fr/portrait/portrait/lhistoire/les-100-ans-du-laboratoire-dhydrobiologie-de-kastanienbaum/

ATS