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Au Yémen, certains des migrants africains ont été des victimes directes du conflit (photo symbolique).

Keystone/AP/Hani Mohammed

(sda-ats)

Quelque 300 Africains ont été intentionnellement jetés à la mer en 24h par des passeurs au large du Yémen, dont des dizaines sont morts ou portés disparus. Ce nouveau drame illustre le traitement inhumain dont sont victimes des migrants en quête d'une vie meilleure.

Jeudi, 19 Somaliens et Ethiopiens ont probablement péri noyés au large de la province de Chabwa dans le sud du Yémen, rapporte l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Cette dernière avait dans un premier temps évoqué un bilan de 55 morts. Il s'agit du deuxième drame du genre depuis mercredi, a indiqué une porte-parole de l'OIM au Yémen.

Selon l'OIM, au total 180 personnes en provenance d'Ethiopie ont été jetées à la mer jeudi par des passeurs. Les migrants étaient en majorité des adolescents et de jeunes adultes.

La veille, 120 migrants en provenance des mêmes pays ont été jetés à la mer délibérément à l'approche également de la côte de Chabwa, a rappelé l'OIM. L'agence onusienne estime à environ 50 le nombre de victimes dont 29 ont été découvertes dans des tombes creusées à la hâte sur la plage.

Tandis que 27 personnes sont parvenues à rejoindre le rivage sains et saufs. L'organisation a dit travailler étroitement avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) pour donner une sépulture aux morts et soigner les survivants.

Les migrants en provenance de la Corne de l'Afrique continuent d'affluer au Yémen, qui est pourtant un pays pauvre déchiré par la guerre, avec l'espoir d'atteindre les pays du Golfe plus riches, selon l'OIM.

"Choquant et inhumain"

"Les survivants ont dit à nos collègues sur la plage que les passeurs leur avaient demandé de se jeter à la mer après avoir vu ce qui semblait être des représentants des autorités", a indiqué Laurent de Boeck, chef de mission de l'OIM, en parlant de l'incident de jeudi. "Ils nous ont également raconté que les passeurs avaient repris la route de la Somalie pour continuer le même trafic et emmener plus de migrants au Yémen", a-t-il ajouté.

"C'est choquant et inhumain. La souffrance des migrants sur cette route est immense. Beaucoup de jeunes gens paient les passeurs avec l'espoir d'avoir une vie meilleure", a encore dit le responsable, en estimant à 16 ans l'âge moyen des migrants. Le trafic d'être humains entre la Somalie, où l'autorité de l'Etat est quasi-nulle, et le Yémen, qui connaît le même phénomène, n'a jamais cessé.

L'OIM estime à 55'000 le nombre de migrants - dont un tiers de femmes - arrivés au Yémen en provenance de la Corne de l'Afrique depuis le début de l'année. Plus de 30'000 de ces nouveaux migrants ont moins de 18 ans. L'OIM s'est étonnée du fait que le trafic d'êtres humains se poursuivait alors que la saison connaît des vents violents dans l'océan Indien.

Victimes directes du conflit

Déchiré depuis trois ans par une guerre opposant des rebelles pro-iraniens à des forces gouvernementales pro-saoudiennes, le Yémen, pays sans ressources, compte de nombreux camps où s'entassent des milliers de migrants africains. La guerre a fait près de 8400 morts et quelque 48'000 blessés depuis mars 2015.

L'ONU estime que le Yémen -- où une épidémie de choléra a déjà fait plus de 1900 morts - est le théâtre de "la plus grave crise humanitaire dans le monde". Certains des migrants africains ont été même des victimes directes du conflit.

En mars dernier, un hélicoptère a tiré sur un bateau de Somaliens au large du Yémen, faisant 42 morts et selon un rapport confidentiel des Nations unies, l'appareil appartenait à la coalition sous commandement saoudien. L'embarcation transportait 140 personnes, avait précisé l'ONU en dénonçant une violation du droit humanitaire international.

ATS