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Créé par l'écrivain américain Norman Mailer, ainsi que Dan Wolf et Ed Fancher, cet hebdomadaire, centré sur la culture et la politique, aux célèbres petites annonces, s'était vite imposé comme une institution (archives).

KEYSTONE/AP/MARK LENNIHAN

(sda-ats)

"The Village Voice", c'est fini: après six décennies, l'hebdomadaire emblématique du foisonnement culturel new-yorkais, en déclin depuis plusieurs années, va fermer. Son propriétaire cite une "réalité économique de plus en plus difficile" pour les journaux.

"C'est une triste journée pour le Village Voice et pour des millions de lecteurs", a indiqué le propriétaire, Peter Barbey, dans une déclaration transmise à quelques médias new-yorkais.

"Ces dernières années, le Voice a été confronté à une réalité économique de plus en plus difficile pour ceux qui créent du journalisme et la presse écrite. Comme beaucoup d'autres, nous étions constamment optimistes, pensant que les choses allaient s'améliorer rapidement. Où est la stabilité pour notre secteur, nous ne le savons pas pour l'instant. La seule chose que nous sachions, c'est que nous n'y sommes pas encore", a-t-il ajouté.

M. Barbey, du groupe de presse familial Reading Eagle, avait racheté en 2015 cette institution du journalisme américain, espérant encore "assurer son avenir". Mais en septembre 2017, face à la crise de la presse écrite, il avait réduit la voilure en supprimant l'édition papier pour passer au tout numérique.

"Trésors culturels"

A défaut de poursuivre une aventure lancée en 1955, M. Barbey a indiqué qu'un travail était en cours pour numériser les archives du journal, afin que les "générations futures puissent faire elles-mêmes l'expérience de ce qui constitue clairement un des trésors culturel et social de cette ville et de ce pays".

Plusieurs journalistes et ex-journalistes du Voice lui ont rendu hommage vendredi. "Le nom de Village Voice était particulièrement bien choisi: il a donné à ceux d'entre nous qui écrivaient pour lui notre propre voix, ce qui est si rare dans le journalisme", a commenté sur Twitter Tom Robbins. "Y avoir travaillé est un honneur - avec tout le côté dingue qui allait avec."

"Et un verre à la santé du Village Voice. On s'est bien amusé", a aussi commenté un des responsables éditoriaux de l'hebdomadaire, Neil deMause.

"C'est le Village Voice qui m'a élevé, en tant qu'écrivain et en tant que personne, comme beaucoup d'autres. A la fois reconnaissant et triste aujourd'hui", a tweeté Zach Baron, passé depuis au magazine GQ.

Célèbres petites annonces

Le journal, où personne ne répondait au téléphone vendredi après-midi, était en déclin depuis des années. Depuis sa reprise par M. Barbey, aucun rédacteur en chef n'était resté en poste plus que quelques mois. A la date de vendredi, le Voice n'employait plus que 15 à 20 personnes, selon le site d'informations new-yorkais The Gothamist.

Près de la moitié des employés devaient cesser de travailler immédiatement, tandis que l'autre moitié devrait rester encore un peu pour achever la numérisation, a ajouté le Gothamist, citant un discours de M. Barbey devant ses employés vendredi.

Créé par l'écrivain américain Norman Mailer, ainsi que Dan Wolf et Ed Fancher, cet hebdomadaire, centré sur la culture et la politique, aux célèbres petites annonces, s'était vite imposé comme une institution.

Imprégné du bouillonnement culturel du quartier de Greenwich Village à Manhattan, le journal était un lieu où fusaient les idées, les débats, le doigt toujours sur le pouls de l'actualité, et des enquêtes de fond qui faisaient référence. Il avait remporté trois prix Pulitzer et de nombreuses autres récompenses journalistiques.

Crise à New York

Initialement simple journal de quartier, sa notoriété avait gagné 10 ans plus tard l'ensemble des Etats-Unis, où il avait contribué à inspirer une douzaine d'autres journaux "alternatifs".

En 1967, période de foisonnement artistique et intellectuel à New York, il était devenu l'hebdomadaire le plus vendu aux Etats-Unis: après des années de pertes, il dégageait des bénéfices, avec près de 80 pages en moyenne, dont les deux-tiers de publicité, selon des chiffres du New Yorker.

D'autres médias new-yorkais sont touchés par la crise: en juillet, le New York Daily News a annoncé supprimer la moitié des postes de la rédaction, et le site DNAInfo, très actif sur New York, a fermé l'an dernier.

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ATS