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Ken Loach (au centre) pose avec deux de ses acteurs, Hayley Squires ( à droite) et Dave Johns (à gauche) au festival de Cannes de 2016.

KEYSTONE/EPA/GUILLAUME HORCAJUELO

(sda-ats)

Après "Money Monster" sur les dérives de la finance, le Britannique Ken Loach a secoué la Croisette vendredi avec "Moi, Daniel Blake". Animé une rage intacte, le réalisateur de 80 ans s'en prend à la casse du système social vue par les yeux d'un chômeur.

"C'est une situation choquante, car ce n'est pas un problème uniquement dans mon pays, mais dans toute l'Europe", a lancé le réalisateur lors de la conférence de presse consacrée à "Moi, Daniel Blake". Son film a d'ailleurs été très applaudi.

"Ce sont les gens les plus vulnérables (...) et on leur dit que s'ils sont pauvres, c'est de leur faute", a-t-il accusé. Plaidant pour l'émergence d'"une vraie gauche en Europe qui écoute les gens", il a dénoncé le projet "néolibéral" de l'Union européenne.

Fidèles à leur méthode, le cinéaste "rebelle" et son scénariste Paul Laverty se sont rendus sur le terrain pour recueillir des témoignages. Ceux de travailleurs précaires et de laissés-pour-compte qui doivent parfois choisir entre manger et se chauffer.

C'est de cette matière vivante qu'a surgi leur personnage de Daniel Blake. Menuisier de 59 ans, il est bon ouvrier, mais doit arrêter de travailler après une crise cardiaque.

Parcours kafkaïen

Situé à Newcastle (nord-est de l'Angleterre), "Moi, Daniel Blake" suit le parcours kafkaïen de Dan. Le menuisier évolue entre convocations à l'agence pour l'emploi, questionnaire sans fin sur sa santé, musique d'attente stupide. Sans oublier les ateliers de formation au curriculum vitae (CV), obligatoires sous peine de réduction de son allocation.

La descente aux enfers du héros de Loach connaît quelques rares moments de solidarité avec un jeune voisin noir et surtout une jeune mère célibataire et ses deux enfants. Elle aussi est broyée par le système et jouée par une comédienne inconnue (Hayley Squires).

La chute de Dan, interprété par un acteur de théâtre et de "stand-up", Dave Johns, est inéluctable. Pourtant, le "citoyen" Daniel Blake ne réclamait que ses droits "ni plus, ni moins", après une vie passée à travailler.

Renouveau de la veine sociale

Pour Ken Loach, les agences Pôle Emploi n'ont pas pour but "d'aider les gens, mais d'ériger des obstacles sur leur chemin". Pire, on fixe à leurs conseillers "des objectifs chiffrés de gens à pénaliser", afin de réduire les allocations versées.

Habitué de la Croisette, Ken Loach a retrouvé une rage intacte pour ce 19e film présenté à Cannes. Il y renoue avec sa veine sociale, après notamment sa Palme d'or en 2006 pour "Le vent se lève", chronique de la guerre d'indépendance d'Irlande.

Le journal britannique The Independent a salué un réalisateur qui n'a rien perdu de son talent "pour raconter des histoires de personnes marginalisées avec finesse, colère et humanité". Quant à l'américain Variety il a évoqué un "drame social rare qui touche l'âme".

ATS