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A quelques semaines de la conférence de Paris sur le climat (COP21), des ONG française dénoncent la mainmise de l'agrobusiness, fabricants d'engrais en tête. Elles s'en prennent au concept d'agriculture intelligente, une "fausse bonne solution".

Dans un rapport publié mercredi, l'ONG Grain critique vivement le rôle des producteurs d'engrais. Ils sont accusés de contribuer au réchauffement climatique plus que d'y apporter des solutions.

"Nous éprouvons de profondes préoccupations envers la place grandissante accordée au concept d'"agriculture intelligente face au climat"", écrivaient le 21 septembre dans une lettre ouverte Greenpeace, Action contre la Faim ou le Secours catholique, parmi 355 ONG nationales et internationales.

Les organisations demandent que ce concept et ses promoteurs soient retirés de l'"Agenda des solutions" de la COP21. Cet agenda regroupe des initiatives sectorielles visant à mettre en oeuvre des solutions concrètes pour réduire les gaz à effet de serre.

Double pression

Depuis 2010, la FAO, l'agence de l'ONU pour l'agriculture et l'alimentation, utilise le concept d'"agriculture intelligente face au climat". Elle y voit un moyen "crucial de garantir la sécurité alimentaire et les objectifs sur le réchauffement climatique".

L'agriculture fait effectivement face à une double pression: nourrir une population mondiale grandissante, tout en réduisant ses émissions de gaz à effet de serre, qui représentent 20% du total mondial. En cause: le méthane et l'oxyde d'azote venant de l'élevage et des engrais, des gaz au pouvoir 30 fois et 300 fois plus réchauffant que le CO2.

Fausse solution

"L'"agriculture intelligente face au climat" peut apparaître comme un concept prometteur, mais a en réalité été forgée à des fins politiques", dénoncent pourtant les ONG. Elles soulignent que la FAO ne fixe pas de critères permettant de qualifier telle ou telle mesure d'"intelligente".

Un flou qui laisse la porte ouverte au "greenwashing" et surtout aux "sociétés de l'agrobusiness qui prônent l'utilisation d'engrais chimiques, la production de viande industrielle et l'agriculture industrielle à grande échelle", ajoutent-elles. Des craintes ravivées par le lancement par l'ONU, en septembre 2014, d'une Alliance mondiale pour une agriculture intelligente face au climat (GACSA).

Danone, Monsanto...

Parmi la centaine de membres, on compte une vingtaine de pays, dont la France et les Etats-Unis, des instituts de recherche (Cirad et Inra), mais aussi de grands groupes agroalimentaires (Danone), ou des fabricants d'engrais. Ceux-ci représentent 60% des membres du secteur privé de l'alliance, alors que les engrais, fabriqués à base de gaz naturel, contribuent au réchauffement climatique, souligne l'ONG Grain.

Sans être directement membres de l'Alliance, des multinationales contestées comme le semencier Monsanto ont également lancé des programmes d'agriculture "intelligente". "Les fabricants d'engrais et les autres ont un intérêt à sauvegarder le modèle existant", basé sur l'utilisation de produits chimiques, assure Devlin Kuyek, chercheur chez Grain.

Les détracteurs de l'Alliance craignent que le lobby de l'agrobusiness ne s'en serve pour diriger des financements vers des programmes basés sur l'utilisation d'OGM ou de pesticides censés protéger les cultures et améliorer les rendements. Au détriment de l'agroécologie, un modèle basé sur les petits paysans et la réduction des produits chimiques, que tentent de promouvoir ces ONG.

ATS