L'administration pénitentiaire néo-zélandaise a présenté jeudi ses excuses pour avoir autorisé l'auteur des tueries des mosquées à Christchurch à envoyer une lettre empreinte de haine depuis sa prison à un sympathisant. Ce dernier l'a publiée sur internet.

L'Australien est actuellement détenu dans une prison de haute sécurité d'Auckland, où il attend d'être jugé pour la plus sanglante tuerie de l'histoire moderne de l'archipel, le meurtre de 51 fidèles musulmans le 15 mars.

Alors que le gouvernement veut tout faire pour empêcher cet homme qui se revendique du suprémacisme blanc d'exprimer ses idées, l'administration pénitentiaire a révélé qu'il avait été autorisé à envoyer du courrier depuis sa cellule. L'une des lettres du détenu, adressée à un Russe nommé Alan, a été publiée sur le site 4Chan.

Rédigée en capitales à l'aspect enfantin, la lettre de six pages évoque un voyage que le tireur a fait en Russie, son admiration pour le fasciste britannique Oswald Mosley et sa conviction qu'"il y a un grand conflit à l'horizon".

La Première ministre furieuse

Ce défaut de surveillance de l'administration pénitentiaire a provoqué la fureur de la Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern qui, quelques jours après les attaques, s'était engagée à ne jamais prononcer le nom du tueur pour ne pas contribuer à sa "notoriété".

"Le département pénitentiaire a reconnu lui-même le dysfonctionnement... Cet individu ne devrait pas pouvoir partager son message haineux depuis sa cellule", a-t-elle dit depuis le petit archipel de Tuvalu, où elle se trouve pour le sommet annuel du Forum des îles du Pacifique (FIP).

La directrice de l'administration pénitentiaire Christine Stevenson a reconnu que la lettre n'aurait jamais dû sortir. "Je voudrais m'excuser pour la peine qu'elle a causée aux personnes touchées par les événements tragiques du 15 mars", a-t-elle dit. Mme Stevenson a déclaré que le service de courrier du tueur avait été suspendu pendant que le processus de filtrage serait examiné.

Un défi pour la prison

"Il est toujours difficile de trouver le juste équilibre entre le respect de nos obligations légales et le fait de réduire tous les risques potentiels posés par le détenu", a-t-elle avancé.

"Cependant, nous sommes absolument déterminés à faire en sorte qu'il n'ait aucune possibilité de causer le moindre préjudice ou la moindre peine, que ce soit directement ou indirectement".

Le ministre des Services pénitentiaires, Kelvin Davis, a dit qu'avant de se voir interdit de courrier, l'Australien avait essayé d'envoyer neuf lettres depuis sa cellule: deux à sa mère et sept à des "associés", dont deux ont été bloquées par les autorités.

M. Davis a reconnu que la gestion d'un détenu comme cet homme était un défi pour son administration. "La vérité est que nous n'avons jamais eu un prisonnier comme cela auparavant", a-t-il dit à Radio New Zealand. "J'ai demandé si nos lois étaient adaptées, j'ai demandé à la pénitentiaire ses conseils sur ce qu'il faudrait modifier".

Procès en 2020

Le tireur a été inculpé de 51 chefs de meurtre, de 40 chefs de tentative de meurtre et d'un chef d'acte terroriste. Son procès doit débuter en mai 2020.

Son dossier est revenu jeudi devant la Haute Cour de Christchurch pour une brève audience sur des questions de procédure. M. Tarrant n'avait pas l'obligation de comparaître par visioconférence, comme il l'a fait par le passé.

L'affaire a été renvoyée au 3 octobre. La cour devrait à cette date se prononcer sur un éventuel dépaysement du procès.

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