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Le sort de Tariq Ramadan évoqué récemment par plusieurs recteurs de mosquées en France (archives)

KEYSTONE/AP/FRANCOIS MORI

(sda-ats)

Pétition, tweets, vidéos de l'épouse... le maintien en détention en France de Tariq Ramadan est la cible d'une campagne de protestation très active dans les milieux de l'islam militant. Mais aussi, et c'est nouveau, du côté de recteurs de mosquées reconnus.

Depuis quelques semaines, des voix s'élèvent pour s'émouvoir du traitement judiciaire de l'intellectuel suisse de 55 ans, inculpé pour viols et écroué depuis le 2 février dernier, estimant sa présomption d'innocence bafouée et son état de santé ignoré.

La cour d'appel de Paris a décidé jeudi dernier de maintenir en détention provisoire le conférencier, qui clame son innocence et avait demandé sa remise en liberté en affirmant souffrir d'une sclérose en plaques et d'une neuropathie périphérique. Un expert médical a toutefois jugé son état compatible avec une incarcération.

Dans la rue, la mobilisation a été jusqu'ici modeste. Environ 80 personnes se sont rassemblées jeudi devant le Palais de justice de Paris pour protester contre son maintien en détention. Samedi dernier, à Casablanca, au Maroc, une "conférence de solidarité avec Tariq Ramadan" s'est transformée en rassemblement d'une quarantaine de manifestants.

Pétition munie de 100'000 paraphes

C'est en réalité sur Internet que les soutiens se comptent et relaient la riposte. Elle s'est organisée autour du mouvement "Résistance & Alternative" créé fin janvier pour continuer à promouvoir la "pensée" du petit-fils du fondateur de la confrérie des Frères musulmans, qui a toujours affiché un discours réformiste quand ses détracteurs y voient le projet d'un islam politique.

Des proches de l'intellectuel ont lancé sur les réseaux sociaux plusieurs comptes. Une pétition en ligne a aussi été lancée affichant plus de 100'000 signatures pour la libération du "Professeur Tariq Ramadan".

La campagne a encore relayé deux vidéos de la femme du théologien, Iman Ramadan, respectivement visionnées près de 700'000 et plus de 160'000 fois. "Il y a tout lieu de se poser des questions et de se demander si derrière tout ça, il n'y a pas une vraie volonté politique à vouloir garder mon mari en prison", argue l'épouse.

"Lynchage médiatico-politique"

Longtemps prudents et silencieux sur un dossier qui trouble voire divise leurs fidèles, des recteurs de mosquées ont pris la parole ces derniers jours en faveur de "frère Tariq". "Tariq Ramadan c'est notre frère (...), jusqu'à preuve du contraire il est innocent", a déclaré à Lille, dans le nord de la France, Amar Lasfar, président des Musulmans de France, qui gravite dans l'orbite des Frères musulmans. A Marseille, l'imam Ismail Abou Ibrahim a fait de même.

Les recteurs Azzedine Gaci à Villeurbanne, visage libéral de la succursale "frériste", et surtout Kamel Kabtane à Lyon, ont pu surprendre en réclamant la "libération immédiate" du conférencier, victime selon eux "d'un lynchage médiatico-politique".

Ces marques de soutien plus ou moins appuyées ne font pas l'unanimité dans les rangs musulmans, où l'étoile de Tariq Ramadan a aussi pâli ces dernières années, suscitant indifférence ou rejet.

"Premier site d'information de l'islam francophone", le média Oumma.com s'en est ainsi pris aux "prédicateurs et militants associatifs" qui "exploitent cette terrible affaire à des fins bassement carriéristes". Et promis d'informer sur l'affaire "de la manière la plus équilibrée possible".

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ATS