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Pour la communauté gay en Allemagne, l'annulation des condamnations est perçue comme un pas supplémentaire dans leur reconnaissance. Une autre de leurs revendications porte sur le mariage homosexuel, qui reste interdit en Allemagne (photo prétexte).

KEYSTONE/AP dpa/MICHAEL REICHEL

(sda-ats)

L'Allemagne a ouvert la voie mercredi à la réhabilitation et l'indemnisation de quelque 50'000 hommes condamnés pour homosexualité. Ces condamnations se basaient sur un texte nazi resté en vigueur longtemps après la Deuxième guerre mondiale.

"La réhabilitation des hommes, qui ont été traînés devant les tribunaux en raison de leur homosexualité, aurait dû intervenir il y a longtemps", a déclaré dans un communiqué le ministre de la Justice Heiko Maas, après l'adoption d'un projet de loi en ce sens en conseil des ministres.

"Ils ont été poursuivis, punis et honnis par l'Etat allemand en raison de leur seul amour pour d'autres hommes", a ajouté le ministre social-démocrate. Il a dû batailler ferme au sein du gouvernement de coalition avec l'aile la plus conservatrice du parti de la chancelière Angela Merkel pour imposer son texte, à l'issue de plusieurs mois de tractations.

Le projet de loi va encore devoir être approuvé par le Parlement. Il prévoit 3000 euros (3200 francs) d'indemnisation forfaitaire par condamnation ainsi que 1500 euros par année de détention. En outre, le gouvernement va financer à hauteur de 500'000 euros par an une fondation spécialisée dans le travail de mémoire sur le sujet.

Ne plus vivre avec ce stigmate

"Les homosexuels condamnés ne doivent plus vivre avec ce stigmate", qui a souvent "détruit leur parcours professionnel et leur vie tout court", a souligné le ministère de la Justice.

L'initiative intervient quelques mois après l'annonce d'une loi comparable pour les homosexuels condamnés en Angleterre et au Pays de Galles, à la différence que le texte ne s'applique qu'aux défunts. Seule l'Ecosse a annoncé vouloir aussi réhabiliter les vivants.

Pendant 122 ans, de 1872 à son abrogation en 1994, l'article 175 du Code pénal allemand a puni de prison "les actes sexuels contre nature (...), que ce soit entre personnes de sexe masculin ou entre hommes et animaux". Sa sévérité avait été accrue en 1935.

Travaux forcés

Un amendement nazi prévoyait alors jusqu'à dix ans de travaux forcés. Plus de 42'000 hommes ont été condamnés à ce titre sous le IIIe Reich, envoyés en prison et pour certains en camp de concentration.

Mais l'article 175 a été maintenu après guerre. Il est resté pendant des décennies la seule survivance légale des persécutions nazies, et a conduit à 50'000 nouvelles condamnations dans la jeune démocratie ouest-allemande.

"On les traquait, on les chassait de leur travail, on interrogeait leurs collègues, leurs amis et les membres de leur famille", rappelait récemment le quotidien Süddeutsche Zeitung, évoquant une "mort sociale".

Peur constante

Plusieurs condamnés ont raconté dans la presse leur vie brisée et, plus largement, leurs amours clandestines, marquées par une peur constante. Au point que la Süddeutsche Zeitung rapporte une vague de castrations volontaires après guerre.

Les procès pour homosexualité ont eu lieu pour l'essentiel jusqu'en 1969, date à laquelle l'article 175 est revenu à sa version d'avant 1935. En Allemagne de l'Est, l'article 175 avait d'emblée été rétabli dans sa première version et a été supprimé en 1968.

ATS

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