L'Iran a annoncé lundi avoir franchi la limite imposée à ses réserves d'uranium faiblement enrichi par l'accord de 2015 sur son programme nucléaire en riposte aux sanctions des Etats-Unis. De quoi accentuer les tensions déjà exacerbées entre les deux pays.

"L'Iran a dépassé la limite des 300 kilos" d'uranium faiblement enrichi, a annoncé le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif à l'agence semi-officielle Isna. Chargée de vérifier que l'Iran s'acquitte de ses engagements pris vis-à-vis de la communauté internationale, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a confirmé lundi que l'Iran avait dépassé la limite imposée par le pate.

Selon un diplomate en poste à Vienne, le niveau actuel des réserves iraniennes d'uranium enrichi ont été mesurées en excès de deux kilogrammes. L'Iran "joue avec le feu", a réagi le président américain Donald Trump. Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a accusé pour sa part le régime iranien, "premier sponsor mondial du terrorisme" selon lui, d'utiliser "son programme nucléaire pour extorquer la communauté internationale et menacer la sécurité régionale".

"Les Etats-Unis et leurs alliés ne permettront jamais à l'Iran de développer des armes nucléaires", a de son côté assuré la Maison Blanche, réaffirmant la volonté américaine de poursuivre sa campagne de "pression maximale" sur Téhéran, "tant que ses dirigeants ne changent pas leur façon de faire".

L'annonce de Téhéran survient sur fond de tensions déjà vives avec Washington, faisant craindre un embrasement dans la région stratégique du Golfe. La crise entre les deux ennemis a connu un pic le 20 juin après que l'Iran eut abattu un drone américain. Selon Téhéran, l'appareil avait violé l'espace aérien iranien, ce qu'a démenti Washington. Le président américain Donald Trump avait indiqué avoir annulé à la dernière minute le lendemain des frappes de représailles contre la République islamique.

D'autres menaces

La question est désormais de savoir quelles seront les conséquences du dépassement annoncé lundi par l'Iran. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait réclamé le 17 juin l'application immédiate du mécanisme de sanctions prévu par l'accord de 2015 pour répondre au moindre écart de la République islamique. Lundi, il a appelé les pays européens à sanctionner Téhéran.

Trois pays européens restent, avec la Russie et la Chine, parties à l'accord: l'Allemagne, le Royaume-Uni et la France. Ils ont exhorté l'Iran ces dernières semaines à ne pas commettre l'"erreur" de se retrouver en situation de "violation" de l'accord.

Téhéran menace par ailleurs de reprendre, à partir du 7 juillet, des activités d'enrichissement d'uranium à un taux supérieur au degré maximal fixé par l'accord (3,67%) et de relancer son projet de construction d'un réacteur à eau lourde à Arak (centre), si les autres Etats encore parties à l'accord (Allemagne, Chine, France, Grande-Bretagne et Russie) ne l'aident pas à contourner les sanctions américaines.

"Pas dramatiser"

Par l'accord conclu en juillet 2015 à Vienne, l'Iran s'est engagé à ne pas chercher à acquérir la bombe atomique et a accepté de réduire drastiquement son programme nucléaire en échange de la levée de sanctions internationales asphyxiant son économie. Mais le retour des sanctions américaines a pour effet d'isoler presque totalement l'Iran du système financier international et de lui faire perdre la quasi-totalité de ses acheteurs de pétrole.

En riposte, Téhéran a annoncé le 8 mai qu'il ne se sentait plus tenu par deux seuils fixés par l'accord: celui limitant son stock d'uranium faiblement enrichi (300 kilos), et celui imposé à ses réserves d'eau lourde (130 tonnes). L'Iran affirme agir "dans le cadre" du pacte, invoquant deux articles permettant à une partie de s'affranchir temporairement de certains de ses engagements si elle estime qu'une autre ne tient pas les siens.

Le dépassement de la limite "suscite le regret, mais il ne faut pas dramatiser", a réagi le vice-ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Riabkov, appelant les Européens à "ne pas envenimer la situation". Le chef de la diplomatie britannique Jeremy Hunt a lui exhorté "l'Iran à ne plus s'éloigner de (l'accord) et à se conformer de nouveau à ses obligations". Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, s'est dit "préoccupé" par le dépassement iranien.

"Insuffisant"

A l'issue d'une réunion de crise des Etats parties à l'accord, vendredi à Vienne, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a estimé que des "progrès" avaient été réalisés pour aider l'Iran, mais jugé qu'ils étaient encore "insuffisants".

A la fin de la rencontre, l'Union européenne a annoncé pour sa part qu'Instex, le mécanisme de troc conçu par Berlin, Londres et Paris pour aider l'Iran à contourner les sanctions était enfin "opérationnel" et que les premières transactions étaient "en train d'être traitées".

M. Zarif a néanmoins estimé lundi qu'Instex ne répondait "pas aux exigences" de Téhéran "ni aux obligations" incombant aux Européens. Selon lui, "Instex n'est que le début (de la réalisation des) engagements (européens), et à l'heure actuelle, n'a pas encore été totalement mis en oeuvre".

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