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La bombe A explosait sur l'île de Mururoa, en Polynésie française, le 2 juillet 1966.

KEYSTONE/AP NY/STR

(sda-ats)

Un traité interdisant les armes nucléaires a été adopté vendredi à l'ONU. Mais les puissances nucléaires ont refusé de participer au processus, rendant ce texte largement symbolique, au moment où la Corée du Nord accélère son programme d'armement.

Le traité a été adopté par 122 votes pour, une voix contre - les Pays-Bas, membre de l'Otan - ainsi qu'une abstention.

Les partisans du traité y voient une réalisation historique, mais les Etats nucléaires le jugent irréaliste, estimant qu'il n'aura aucun impact sur la réduction du stock mondial actuel de quelque 15'000 têtes nucléaires.

Des applaudissements ont retenti dans la salle de conférence de l'ONU après le vote, qui met un terme à trois semaines de négociations par 141 Etats, portées par l'Autriche, le Brésil, le Mexique, l'Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande.

Faire pression

Le traité, qui préconise une interdiction totale du développement, du stockage et de la menace d'utilisation d'armes nucléaires, ne s'appliquera qu'aux Etats signataires. Il sera ouvert à ratification à partir du 20 septembre et entrera en vigueur après sa signature par 50 pays.

Ses partisans espèrent que le traité accentuera la pression sur les Etats nucléaires pour qu'ils prennent le désarmement plus au sérieux.

Etats nucléaires absents

Aucun des neuf pays détenteurs de l'arme nucléaire - Etats-Unis, Russie, Royaume-Uni, Chine, France, Inde, Pakistan, Corée du Nord et Israël - n'a pris part aux négociations. Même le Japon, seul pays à avoir connu une attaque atomique en 1945, a boycotté les discussions, ainsi que la plupart des pays de l'Otan.

Une source diplomatique de l'un des pays opposés à ce texte estime que "c'est donner de faux espoirs" par rapport à "ce qui est vraiment possible en matière de désarmement nucléaire".

"Ce traité va seulement affaiblir le régime de non-prolifération mondial", juge cette source, qui aurait préféré l'idée d'un désarmement "progressif".

"Etre réalistes"

L'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley, avait déclaré à l'ouverture des pourparlers le 27 mars: "Il n'y a rien que je souhaite tant pour ma famille qu'un monde sans arme nucléaire, mais nous devons être réalistes". "Qui peut croire que la Corée du Nord accepterait une interdiction des armes nucléaires ?"

Les puissances nucléaires font valoir que leur arsenal sert de dissuasion contre une éventuelle attaque nucléaire et rappellent qu'elles restent engagées par le traité de non prolifération nucléaire (TNP). Ce traité de 1968 rend notamment les Etats responsables de la réduction de leurs stocks.

Corée du Nord

La Corée du Nord a de son côté accéléré son programme d'armement nucléaire et balistique en dépit du TNP et a testé mardi pour la première fois un missile intercontinental.

Les Etats-Unis soutenus par plusieurs alliés ont appelé à renforcer les sanctions contre Pyongyang, et laissé entendre que l'option militaire restait sur la table.

Impact sur l'opinion

Mais l'impatience grandit parmi les pays non nucléaires qui dénoncent la lenteur du désarmement et craignent que ces armes de destruction massive ne finissent par tomber dans de mauvaises mains.

Les militants du désarmement estiment que le traité de vendredi stigmatisera davantage les armes nucléaires et aura un impact sur l'opinion.

"L'aspect crucial, c'est que ça change le paysage juridique", affirme Richard Moyes, directeur de l'organisation britannique Article 36. Le traité "empêche les Etats nucléaires de se réfugier derrière l'idée qu'ils ne sont pas hors la loi".

" Cet accord constitue une victoire importante pour l’humanité tout entière", a déclaré depuis Genève Peter Maurer, le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Kathleen Lawand, cheffe de l’Unité armes du CICR se dit toutefois consciente que "ces ne vont pas disparaître du jour au lendemain grâce à la seule adoption du traité".

ATS