L'ONU a décidé à Genève de resserrer un peu l'étau face aux milliers de victimes de la politique, controversée, contre la drogue du président philippin Rodrigo Duterte. Mais contrairement aux demandes d'ONG, aucune investigation internationale n'a été votée jeudi.

La résolution présentée par l'Islande au Conseil des droits de l'homme a été approuvée par 18 voix contre 14 oppositions et 15 abstentions. Elle demande à la Haute commissaire aux droits de l'homme Michelle Bachelet de rendre à l'instance onusienne un rapport dans un an sur la situation aux Philippines. Mais elle ne prévoit pas de mécanisme d'investigations international.

Cette mesure était notamment largement demandée par des ONG philippines et internationales. Selon les estimations, plus de 26'000 personnes, dont des défenseurs des droits de l'homme et d'autres acteurs, ont été tuées dans les exécutions extrajudiciaires rendues possibles par la politique contre la drogue du président. Le gouvernement n'en reconnaît que moins de 7000.

L'ONU a seulement décidé de demander au gouvernement d'oeuvrer pour mettre un terme à ces assassinats et de mener des investigations "impartiales" pour poursuivre les responsables. Elle l'appelle aussi à renoncer à toute "intimidation" contre les experts indépendants onusiens.

La résolution a été votée jeudi malgré des tentatives de blocage de Manille "jamais observées" récemment, selon Human Rights Watch (HRW). Elle "signifie tellement pour les familles" de victimes d'exécutions mais aussi de torture et de disparitions forcées, a dit devant la presse l'activiste philippin Ellecer Carlos, porte-parole de la principale coalition d'ONG opposées à la politique du président Duterte.

"Nous souhaitions une véritable enquête", ajoute-t-il toutefois, considérant que le chef de l'Etat, qui doit s'exprimer prochainement devant ses citoyens, "va continuer de massacrer des milliers de personnes". Selon HRW, les décisions sont certes "modestes" mais cruciales.

Menace lancée par Manille

Elles vont permettre d'affirmer des droits que le président conteste. Si le gouvernement ne collabore pas avec le Haut-Commissariat, la "pression" sur les responsables "ne sera que plus grande", a estimé de son côté Amnesty International.

Devant le Conseil des droits de l'homme, le représentant philippin a dénoncé une résolution "inacceptable" et "motivée politiquement" lancée sur de simples "accusations". Auparavant, l'Islande s'était défendue de toute volonté de "confrontation".

Elle a déploré que, malgré trois déclarations communes ces dernières années et un dialogue important avec Manille, le gouvernement philippin n'avait pas entendu les mises en garde. De nombreux pays et plusieurs responsables onusiens, dont le secrétaire général Antonio Guterres, ont condamné fermement les violations liées à la politique de Rodrigo Duterte.

Amnesty International a notamment dénoncé à plusieurs reprises de possibles "crimes contre l'humanité". Jeudi, comme HRW, elle a ciblé les menaces de représailles du gouvernement contre les pays qui ont voté la résolution.

L'une de ses responsables s'est dite déçue par ceux qui ont cédé et se sont mis "du côté des perpétrateurs plutôt que des victimes". Et les ONG philippines déplorent le manque d'action de la justice nationale face à un président largement soutenu par la population en raison de ses intimidations.

Mandat sur l'Erythrée prorogé

De son côté, Ellecer Carlos craint d'être tué mais aussi une nouvelle exigence de déclarer tout matériel de sédition dans un formulaire à la douane lorsqu'il rentrera. La session du Conseil des droits de l'homme est elle la première depuis l'entrée en vigueur de ce dispositif.

La Suisse n'est plus membre du Conseil. Mais elle s'était inquiétée pendant les trois semaines de travaux de l'instance de la situation au Sri Lanka qui, dans la ligne des Philippines, veut rétablir la peine capitale pour les crimes liés à la drogue. La résolution de jeudi devrait avoir un effet sur ce pays et sur l'Indonésie et le Bangladesh, affirme une responsable de HRW.

La Cour pénale internationale (CPI) avait ouvert une enquête préliminaire sur la situation aux Philippines. Manille s'est ensuite retirée de cette juridiction qui pourrait toutefois utiliser tous les détails jusqu'à mars dernier.

Outre les Philippines, le Conseil des droits de l'homme a aussi prolongé jeudi plusieurs mandats d'experts indépendants, dont celui, pour un an, de la rapporteuse spéciale sur l'Erythrée malgré l'accord historique de 2018 entre l'Ethiopie et ce pays. La situation des droits de l'homme à l'intérieur du territoire érythréen est insuffisante pour renoncer à ce mandat onusien, estiment des Etats et des ONG.

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