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"J'ai gagné ce procès avant même qu'il ne commence", a tonné le chef de l'Etat Emmerson Mnangagwa le week-end dernier (archives).

KEYSTONE/EPA/AARON UFUMELI

(sda-ats)

L'opposition zimbabwéenne a requis mercredi devant la Cour constitutionnelle l'annulation de l'élection du président sortant Emmerson Mnangagwa. Elle dénonce une série de fraudes et de "manipulations", aussitôt niées par le camp du vainqueur.

Devant les neuf juges de la plus haute instance juridique du pays, les avocats du Mouvement pour un changement démocratique (MDC) ont ouvert les débats en énumérant les irrégularités qui ont, selon eux, entaché le scrutin du 30 juillet, le premier depuis la chute de Robert Mugabe il y a huit mois. "Nous avons là une tentative massive de dissimulation, nous sommes confrontés à une tentative de manipulation grossière", a résumé l'un d'eux, Thabani Mpofu.

Installé à la tête du pays en novembre par l'armée et la Zanu-PF, M. Mnangagwa l'a officiellement emporté avec 50,8% des suffrages et évité de peu un second tour face à son rival du MDC, Nelson Chamisa, crédité de 44,3% des voix.

"Nous avons relevé 16 bureaux de vote dont les résultats sont parfaitement identiques, le même nombre de voix pour Chamisa, le même nombre de voix pour Mnangagwa", a relevé M. Mpofu, "c'est comme si un enfant s'était amusé à jouer avec les chiffres". L'avocat du MDC a tiré à boulets rouges sur la commission électorale (ZEC), accusée d'avoir truqué les résultats. "La ZEC ment", a-t-il affirmé, "il est clair que toutes les irrégularités constatées ont pour seul bénéficiaire la partie défenderesse" (le président sortant).

"Mensonges"

"Une nouvelle élection est inévitable. Ce scrutin doit être annulé", a conclu Thabani Mpofu. Après une brève suspension de séance, les avocats d'Emmerson Mnangagwa ont riposté en balayant d'un revers de manche les "mensonges" de leurs confrères en dénonçant un dossier vide de "preuves". "La théorie qui nous a été présenté est fausse et absurde. Elle ne tient pas", a argumenté Lewis Uriri.

Le juriste a notamment rejeté le comptage alternatif présenté par l'opposition. "Ces chiffres ont été créés par un parti sur la foi de ses propres sources qui n'ont rien d'officiel". "Cette requête en annulation n'a pas de fondement sérieux. Son auteur n'est pas sérieux", a renchéri son confrère Thembinkosi Magwaliba, concédant tout au plus "de petits incidents isolés (...) insuffisants pour prouver les allégations du requérant".

Dans la foulée, l'avocat de la ZEC a plaidé le rejet pur et simple de la demande du MDC au motif qu'elle avait été déposée hors délai. "Leurs chiffres ont déjà été jetés à la poubelle (...) ils ne sont soutenus par aucune preuve", a raillé Tawanda Kanengoni.

Depuis novembre, M. Mnangagwa, un ancien proche de Robert Mugabe, a promis de tourner le dos à son régime autoritaire et corrompu et de relancer l'économie d'un pays au bord de la faillite. Les observateurs internationaux ont pour la plupart accordé leur onction au déroulement du scrutin. Seuls ceux de l'Union européenne (UE) ont relevé une "inégalité des chances" entre le sortant et ses rivaux, notamment en matière d'accès aux médias.

Verdict dans 48h

Entamés dans la matinée, les débats se poursuivaient en fin d'après-midi à la Cour constitutionnelle, protégée par un impressionnant dispositif policier. Une fois les débats achevés, les neuf "sages" disposent de 48 heures pour rendre leur verdict: confirmation des résultats, recomptage des voix ou nouveau scrutin. A en croire les experts, il y a peu de chance pour qu'ils se rangent aux arguments de l'opposition.

"Leur verdict est éminemment prévisible, il n'y a absolument aucune chance pour qu'ils invalident les résultats de l'élection", a pronostiqué Derek Matyszak, expert juridique à l'université du Zimbabwe, "la justice est considérée comme partisane".

La requête du MDC a déjà provoqué le report de la cérémonie d'investiture du président Mnangagwa, initialement prévue le 12 août. Si la Cour confirme sa victoire, elle doit se tenir dans les 48 heures qui suivent sa décision.

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ATS