Une juge italienne s'est prononcée mardi soir en faveur de la libération de Carola Rackete, la capitaine allemande du navire humanitaire Sea-Watch 3. Celle-ci avait été arrêtée samedi pour avoir accosté de force dans la petite île de Lampedusa avec 40 migrants à bord.

L'Allemande de 31 ans est désormais libre de ses mouvements, sous le coup d'aucune mesure judiciaire. Elle se trouvait mardi soir dans un appartement en périphérie d'Agrigente, le chef-lieu sicilien dont dépend la petite île de Lampedusa.

Elle avait été arrêtée pour "résistance avec violence envers un navire de guerre" - pour avoir obligé une vedette de police à s'éloigner sous peine d'être écrasée contre le quai - et d'"obstruction à la force publique" - pour avoir pénétré de force dans les eaux italiennes. Des accusations que la juge qui a entendu lundi la capitaine pendant trois heures a écartées.

Selon les médias italiens, la juge a invalidé le premier chef en estimant que la vedette de police ne pouvait être considérée comme un "navire de guerre" et la seconde en faisant valoir qu'elle avait agi pour sauver des vies. De plus, toujours selon les mêmes sources, la juge a estimé que l'interdiction de pénétrer dans les eaux territoriales italiennes, imposée par M. Salvini sur la base d'un décret-loi adopté début juin, n'était "pas applicable aux actions de sauvetage".

Soulagement

"Cette pauvre femme a seulement essayé de tuer cinq militaires italiens. Je suis sans voix! Qu'est-ce qu'il faut faire pour aller en prison en Italie?" s'est insurgé M. Salvini, patron de l'extrême droite italienne, dans une vidéo sur Facebook, promettant d'expulser au plus vite ce "danger pour la sécurité nationale". La mesure d'éloignement du territoire italien, avec accompagnement à la frontière, doit encore être confirmée par les autorités judiciaires, a-t-il précisé.

"Elle retournera dans son Allemagne, où il ne seraient pas aussi tolérants avec une Italienne si elle devait attenter à la vie de policiers allemands", a commenté celui qui est aussi vice-Premier ministre et patron de la Ligue (extrême droite). "L'Italie a relevé la tête: nous sommes fiers de défendre notre pays et d'être différents des autres petits leaders européens qui pensent pouvoir encore nous traiter comme leur colonie", a-t-il ajouté.

L'ONG Sea-Watch a pour sa part exprimé son soulagement dans un tweet: "nous sommes soulagés que notre capitaine soit libre! Il n'y avait aucune raison de l'arrêter, car elle était engagée dans la défense des droits de l'homme en Méditerranée et prenait ses responsabilités là où aucun gouvernement européen ne le faisait".

L'Allemande de 31 ans avait été arrêtée dans la nuit de vendredi à samedi, placée samedi matin aux arrêts domiciliaires à Lampedusa, puis transférée lundi matin à Agrigente, la ville de Sicile dont dépend la petite île italienne.

Comme c'est souvent le cas désormais quand un navire d'ONG débarque des migrants en Italie, Carola Rackete fait aussi l'objet d'une enquête pour aide à l'immigration clandestine, traitée à part. Dans ce dossier, elle est convoquée par le parquet le 9 juillet. Selon ses avocats, il est peu probable qu'elle soit expulsée avant.

Navire toujours sous séquestre

Plus tôt dans la journée, l'ONG allemande s'était dite déterminée à poursuivre ses opérations de sauvetage de migrants en Méditerranée. "Nous allons continuer de faire respecter les droits de l'homme en Méditerranée et surveiller de près l'Union européenne, si nécessaire avec un nouveau navire si notre navire reste sous séquestre", a assuré Ruben Neugebauer, l'un des responsables de l'organisation lors d'une conférence de presse à Berlin.

Sea-Watch et d'autres organisations ont récolté "plus d'un million" d'euros de dons grâce à plusieurs collectes en ligne pour couvrir notamment les frais de justice de sa capitaine. Elle a maintenant "l'appui financier nécessaire pour continuer à travailler", a souligné M. Neugebauer.

Le navire humanitaire a été placé sous séquestre et les 40 migrants qu'il avait secourus 17 jours plus tôt au large de la Libye débarqués. Carola Rackete, originaire des bords de la mer Baltique, a reçu de nombreux soutiens en Europe et notamment dans son pays natal où seront organisés samedi des rassemblements de solidarité dans plusieurs villes, dont Berlin et Hambourg.

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