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Le fantôme du "36", siège abandonné de la police parisienne

Le siège de la police judiciaire à Paris au "36" Quai des Orfèvres est devenu une aile fantôme dans l'enceinte du Palais de justice (archives). KEYSTONE/EPA/ETIENNE LAURENT sda-ats
Ce contenu a été publié le 25 octobre 2019 - 05:40
(Keystone-ATS)

Le mythique 36 Quai des Orfèvres, siège pendant un siècle de la police judiciaire en plein coeur de Paris, a été abandonné. Mais les lieux gardent encore des traces des enquêtes criminelles des plus banales aux plus retentissantes.

Deux ans après le déménagement des services de police, il reste des objets qui racontent de petits bouts d'histoires. Comme ces marques de ballon de foot au plafond au-dessus du bureau de l'ancien patron de "la Crim'", brigade des homicides et des viols. Ou les étiquettes dans les placards qui répertorient les dossiers de criminels célèbres, comme celui du tueur en série Guy Georges, révèle un photographe de l'AFP qui a pu pénétrer dans les mythiques bureaux.

Quelques indices trahissent le qui-vive d'une époque révolue. Donnant l'impression troublante que tout pourrait reprendre vie, d'une seconde à l'autre. Ces chaises d'interrogatoire qui semblent attendre le prochain suspect. Ces lampes torches encore sur leurs socles de recharge. Ou ces silencieux dans l'armurerie.

Egalement inchangée, l'atmosphère carcérale. Les cellules de garde à vue disent l'angoisse, l'attente des suspects. Graffitis solidaires ou menaçants. Sur le montant d'une porte on lit : "Les frères ne balance (sic) jamais, il faut être des hommes."

Aux "Stups" (affaires de drogue), des tests urinaires, des kits sanguins. Et le "séchoir", ce réduit sous les toits où l'on étendait les pièces à conviction souillées, notamment de sang, récupérées sur les scènes de crime. Un petit escalier mène sur les toits: il se dit que les "chefs" y emmenaient leurs invités voir la vue, spectaculaire, sur les toits de Paris.

Films noirs et polars

Dans les bureaux de ces étages hauts, des barreaux installés aux fenêtres rappellent le suicide en 2002 de Richard Durn. Au lendemain de ses aveux concernant huit meurtres, il s'était jeté à travers un vasistas, chutant de quatre étages dans la cour. Un traumatisme pour la maison.

A regarder certains téléphones et interphones, statiques et jaunasses, comme les vieilles affiches au mur, on s'attend à voir les acteurs de films noirs Lino Ventura ou Jean Gabin passer la porte. C'est que le "36", avec sa grise mine de commissariat, a été reconstitué souvent au cinéma. Notamment dans "Quai des Orfèvres" du cinéaste Henri-Georges Clouzot. Comme dans les livres de Simenon, autour de son inspecteur Maigret. Le "36" appartient à la culture populaire française.

Jacques Mesrine, l'ennemi public numéro un des années 1970, est passé ici. Comme le docteur Petiot, arrêté pendant la Seconde Guerre mondiale après la découverte à son domicile parisien des restes de 27 personnes, ou encore le baron Empain, libéré après 63 jours d'un enlèvement crapuleux. Et tellement d'autres figures connues du crime...

"36" rue du Bastion

Au début de l'année, deux policiers ont été condamnés à sept ans de prison pour le viol d'une touriste canadienne qu'ils avaient invitée à visiter ces locaux de légende.

Le "36" est devenu une aile fantôme dans l'enceinte du Palais de justice. Les services de police - à l'exception d'une brigade d'intervention autrefois appelée l'Antigang - comme une partie des tribunaux, ont migré dans des locaux plus modernes dans le nord de Paris. Cet immeuble flambant neuf n'a de commun avec son prédécesseur qu'un bout d'adresse: il est installé au "36" rue du Bastion.

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