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Le procès de Basuki Tjahaja Purnama s'était ouvert à la fin de l'année dernière à la suite de plaintes de musulmans concernant des propos tenus sur l'utilisation du Coran pendant la campagne électorale.

KEYSTONE/EPA AFP / POOL/BAY ISMOYO / AFP / POOL

(sda-ats)

Le gouverneur chrétien de Jakarta a été condamné mardi à deux ans de prison pour insulte à l'islam, au terme d'une longue saga judiciaire. Ce procès était largement considéré comme un test pour la tolérance religieuse dans le plus grand pays musulman du monde.

Le président du tribunal, le juge Dwiarso Budi Santiarto, a déclaré que les cinq magistrats avaient estimé que Basuki Tjahaja Purnama, battu fin avril aux élections mais encore en poste jusqu'en octobre, était "de façon probante, coupable de blasphème" et l'avaient "condamné à deux ans de prison".

Abdul Rosyad, un autre juge, a justifié cette sévérité par le fait que le prévenu ne ressentait "aucune culpabilité" et qu'il avait "suscité la colère et blessé les musulmans".

Les cinq juges sont allés beaucoup plus loin que le parquet. Cette décision est une surprise, car les tribunaux vont rarement au-delà des réquisitions. Le procureur en chef, Ali Mukartono, avait demandé un mois de prison avec sursis avec deux années de mise à l'épreuve.

Appel en vue

Le procès de celui qui est surnommé Ahok s'était ouvert à la fin de l'année dernière à la suite de plaintes de musulmans concernant des propos tenus sur l'utilisation du Coran pendant la campagne électorale. Le jugement a été salué à l'extérieur du tribunal par des musulmans conservateurs qui scandaient: "Dieu est le plus grand!".

Si certains de ses partisans ont éclaté en sanglots à la lecture de la sentence, le gouverneur Basuki Tjahaja Purnama a gardé son calme, annonçant cependant d'emblée son intention de faire appel. Il a ensuite été conduit dans une prison de Jakarta, mais on ignore s'il demeurera en détention une fois qu'il aura fait appel.

Instrumentalisation

Connu pour son franc-parler, Ahok avait déclaré que l'interprétation par certains oulémas (théologiens musulmans) d'un verset du Coran, selon lequel un musulman ne doit élire qu'un dirigeant musulman, était erronée. Les propos avaient provoqué une vague de contestation dans ce pays d'Asie du Sud-Est où toute référence à l'islam est très sensible.

Sous la pression de manifestations monstres et d'appels à l'emprisonner, le gouverneur a été inculpé fin 2016 de blasphème, délit pour lequel il risquait cinq ans de prison.

Cette affaire avait plané sur la campagne électorale et le scrutin pour le renouvellement de son poste de gouverneur, des experts dénonçant une instrumentalisation à des fins politiques. Mi-avril, le gouverneur, qui caracolait naguère en tête des sondages, a finalement été battu par l'ancien ministre de l'Education, le musulman Anies Baswedan.

Tremplin pour la présidentielle

Ahok, premier gouverneur non musulman depuis un demi-siècle et premier issu de la minorité chinoise, avait accédé automatiquement à cette fonction en 2014, après l'élection à la présidence de son prédécesseur Joko Widodo, dont il était alors l'adjoint.

L'influent poste de gouverneur de la capitale de 10 millions d'habitants est considéré comme un tremplin pour l'élection présidentielle de 2019.

L'ONU et l'UE inquiètes

L'affaire a mis en lumière l'influence croissante des musulmans conservateurs partisans d'une ligne dure dans ce pays de 255 millions d'habitants pratiquant en grande majorité une forme d'islam modéré.

Le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a fait part de son inquiétude et pressé l'Indonésie de revoir ses lois sur le blasphème, tandis que l'Union européenne (UE) l'a appelée à préserver sa "longue tradition de tolérance et de pluralisme".

"C'est une nouvelle étape importante dans le processus lent de déclin des libertés religieuses en Indonésie", a déclaré à l'AFP Andreas Harsono, un chercheur indonésien de Human Rights Watch.

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ATS