La Pologne était en état de choc mardi, après la mort du maire du grand port de Gdansk, Pawel Adamowicz. Il a été blessé au couteau dimanche soir par un agresseur lors d'un événement caritatif public.

Son agresseur, un habitant de Gdansk de 27 ans qui venait de purger une longue peine de prison pour des attaques à main armée, a été mis en examen pour meurtre, a indiqué le parquet. L'homme, interpellé aussitôt après le crime et dont l'état mental doit être examiné par des psychiatres, n'a pas reconnu les faits. Il risque la réclusion à perpétuité.

"Pawel Adamowicz, maire de Gdansk, homme de Solidarité et de liberté, un Européen, mon bon ami, a été assassiné. Qu'il repose en paix", a twitté Donald Tusk, président du Conseil européen et ancien Premier ministre libéral polonais, né à Gdansk.

M. Tusk était attendu lundi soir dans la ville portuaire du nord de la Pologne et pourrait se joindre à un rassemblement contre la violence organisé en début de soirée.

Deuil national

Le président Andrzej Duda, en rendant hommage à Adamowicz, "un grand homme politique", a annoncé que le jour de ses obsèques, dont la date doit être décidée par la famille, serait proclamé journée de deuil national. M. Duda a exhorté les Polonais à s'abstenir de tout commentaire politique à propos de ce drame.

Le Parlement européen a observé à Strasbourg (est de la France), au début de sa session, une minute de silence en hommage à Pawel Adamowicz, "victime de la haine".

Les habitants de Gdansk interrogés par l'AFP ne cachaient pas leur tristesse à l'annonce de la mort de leur maire, accompagnée du son des cloches de toutes les églises. "C'est un choc qu'une chose pareille puisse arriver à Gdansk. (...) C'est de la violence, une chose qu'on n'a pas eue en Polognjusque-là", a réagi Maciej Szczepanski, un employé de bureau de 45 ans. "C'est faute à la situation politique, c'est surtout le parti au pouvoir (le parti conservateur Droit et Justice (PiS), ndlr) qui met de l'huile sur le feu", mais "on ne peut pas se laisser emporter par la haine".

M. Adamowicz "était un très bon maire. Gdansk a beaucoup changé, et notamment grâce à lui. La ville est méconnaissable aujourd'hui", a-t-il ajouté. "Je suis furieuse et triste à la fois", déplorait Agnieszka Naruszewicz, 35 ans, enseignante dans une petite école. "Il collectait de l'argent pour sauver les vies des enfants, des gens de tout âge et voilà qu'il est mort. Il va nous manquer beaucoup à Gdansk".

Pas d'incident violent

Personnalité libérale très populaire, maire de Gdansk depuis 20 ans, Pawel Adamowicz a été atteint de plusieurs coups de couteau, avec une blessure grave au coeur, et d'autres au diaphragme et aux organes de la cavité abdominale, selon les médecins. Il avait perdu une "quantité énorme" de sang.

L'agression a provoqué un choc en Pologne, pays qui n'a pratiquement pas connu d'incident violent de ce genre depuis la chute du communisme il y a trente ans, hormis l'assassinat par balle à Lodz en 2010 d'un membre du PiS par un homme jugé responsable de ses actes, qui avait invoqué sa "haine" de ce parti, alors dans l'opposition.

L'agresseur de M. Adamowicz s'en est pris au principal parti d'opposition, la Plateforme civique (PO). Avant d'être interpellé sur le podium où il a poignardé M. Adamowicz, cet homme a affirmé avoir été jeté en prison alors qu'il était innocent, et "torturé" par la PO. Ce parti avait soutenu la candidature de Pawel Adamowicz aux municipales de l'automne dernier (que ce dernier a remporté haut la main avec plus de 64% des voix). "C'est pourquoi Adamowicz meurt", a lancé l'agresseur.

Sécurité en question

Les Polonais s'interrogent par ailleurs sur la sécurité entourant l'événement public, assurée par une société privée. Selon des témoins, l'agresseur était muni d'un badge "médias" qui lui aurait permis de monter sur le podium avec son couteau de 14,5 centimètres.

L'attaque s'est déroulée peu avant 20h00 devant quelques centaines de personnes, dont des enfants, sur un podium dressé pour une action caritative nationale de collecte de fonds pour l'achat d'équipements hospitaliers.

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