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Le premier ministre hongrois Viktor Orban et sa politique sont particulièrement visés par les eurodéputés européens.

Keystone/EPA/PATRICK SEEGER

(sda-ats)

Le Parlement européen a dénoncé mercredi la menace "systémique" visant les valeurs de l'UE en Hongrie. Les eurodéputés ont activé une rare procédure qui pourrait conduire à des sanctions sans précédent contre Budapest.

C'est la première fois que le Parlement européen use de son droit d'initiative pour demander au Conseil (les Etats membres) de se prononcer sur la situation de l'Etat de droit d'un pays membre. Décision politiquement symbolique, le vote du Parlement lance une longue procédure dont l'issue est incertaine mais qui peut en théorie mener à des sanctions à l'encontre de Budapest.

La procédure de l'article 7 est rarissime dans l'histoire de l'UE. Néanmoins, c'est la deuxième fois en un an qu'elle est déclenchée. Fin décembre, la Commission avait initié la procédure contre la Pologne. Elle en est pour l'instant à un stade préliminaire, après l'audition de Varsovie sur ses réformes controversée fin juin par le Conseil des ministres des Affaires européennes.

Le vote de l'hémicycle s'annonçait serré, étant donné les règles strictes auquel il était soumis: outre la simple majorité des voix (376), la résolution devait recueillir au moins les deux tiers des suffrages exprimés. Elle est finalement passée avec 448 votes pour et 197 contre (et 48 abstentions).

Malgré l'obtention de la majorité requise, le vote n'a guère de chance de se traduire in fine avec la sanction ultime qui serait la suspension de droite de vote de la Hongrie au sein de l'UE. Ne serait-ce que parce que la Pologne, qui soutient la Hongrie, y mettrait son veto.

Apre face-à-face

La résolution votée par le Parlement "invite le Conseil à constater s'il existe un risque clair de violation grave, par la Hongrie, des valeurs visées à l'article 2 du traité UE et à adresser à la Hongrie des recommandations appropriées à cet égard". Le débat précédant le vote a donné lieu à un âpre face-à-face entre le premier ministre Viktor Orban, venu défendre "l'honneur" de son pays, et les parlementaires.

M. Orban n'a pas cherché à convaincre son auditoire, dont il estimait que l'opinion était "déjà faite". Combatif et véhément, il a dénoncé une "vengeance" de ses opposants et martelé qu'il ne céderait à aucun "chantage". "Je n'accepterai pas que les forces pro-immigration nous menacent, fassent un chantage et calomnient la Hongrie sur la base de fausses accusations", a lancé le dirigeant ultra conservateur.

"La décision d'aujourd'hui n'est rien de moins qu'une petite vengeance des politiciens pro-immigration contre la Hongrie", a aussi déclaré le chef de la diplomatie hongroise à Budapest, à l'issue d'une réunion gouvernementale.

Pour la ministre française Nathalie Loiseau, qui a affirmé son soutien à la résolution, Viktor Orban s'est adressé "plus à ses électeurs en Hongrie qu'aux parlementaires", "fonctionnement habituel des nationalistes", a-t-elle observé lors d'un point presse.

Le rapport de l'eurodéputée Judith Sargentini (Verts) établit une longue liste de "préoccupations" portant sur le bafouement des libertés et valeurs prônées par l'UE dans la presse, au sein des universités, contre les minorités, contre les migrants, mais aussi en matière de corruption et d'indépendance de la justice.

Vote-clé du PPE

Soutenue par les sociaux-démocrates, les libéraux, les Verts et la gauche radicale, mais dénoncée par les groupes souverainistes qui siègent au Parlement, le sort de la résolution dépendait surtout du vote du PPE (Parti populaire européen).

La principale formation politique dans l'hémicycle accueille en effet en son sein le Fidesz de Viktor Orban (12 représentants sur les 218 eurodéputés du groupe). Incapable de s'accorder en interne, la formation de droite n'avait pas donné de consigne de vote. Mais son chef, l'Allemand Manfred Weber, avait annoncé son intention de voter personnellement en faveur de la résolution.

Ligne dure anti-immigration, style autoritaire, prises de position anti-UE, Viktor Orban incarne la vague populiste qui déferle en Europe. Fin août, il avait, après une rencontre avec le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini, désigné le président français Emmanuel Macron comme son ennemi en Europe.

Plusieurs chefs de groupe politique en faveur de la procédure de l'article 7 avaient interpellé directement leurs collègues du PPE pour qu'ils prennent position contre M. Orban. Le PPE compte parmi ses rangs la CDU de la chancelière allemande Angela Merkel, le parti chrétien-social du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et Les Républicains en France.

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ATS