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Favorable à un rapprochement avec Moscou et hostile à la politique d'accueil des migrants de l'Union européenne, Milos Zeman va entamer à 73 ans un second mandat de cinq ans.

KEYSTONE/EPA/FILIP SINGER

(sda-ats)

Le président tchèque sortant Milos Zeman a été réélu samedi pour un deuxième quinquennat. Il a battu de trois points l'académicien pro-européen Jiri Drahos, qui a reconnu sa défaite.

Selon les résultats complets du vote diffusés par la télévision publique, M. Zeman, 73 ans, a obtenu 51,36% des suffrages contre 48,63% à l'académicien pro-européen Jiri Drahos, 68 ans. Dans la République tchèque, le chef de l'Etat a le pouvoir de nommer les juges, les banquiers centraux et de désigner le Premier ministre.

M. Drahos, 68 ans, a immédiatement reconnu le résultat, tout en soulignant qu'il était "très serré". "Je félicite le vainqueur de l'élection Milos Zeman, je lui souhaite beaucoup de forces et de santé", a-t-il dit.

"Vague d'énergie"

"Nous n'avons pas gagné, mais nous n'avons pas perdu non plus", a poursuivi l'ex-patron de l'Académie des sciences. "Je suis très content de cette vague d'énergie apparue lors de cette élection présidentielle et qui ne saurait disparaître."

"Je promets que je continuerai à mener cette énergie et cet espoir, je ne quitte pas la vie publique", a conclu cet amateur de chant, avant d'entonner l'hymne national.

Milos Zeman a de son côté remercié les électeurs "pour s'être rendus aux urnes". "Il y a cinq ans, j'ai été élu par 2,7 millions d'électeurs, maintenant par 2,8 millions", a-t-il relevé. "Cette confiance (...) me remplira d'énergie au cours des cinq années à venir et je suis persuadé que cette confiance ne sera pas déçue", a-t-il assuré.

Polarisation

Mettant en lice deux candidats radicalement différents, le scrutin avait polarisé la société tchèque, notamment autour de la question de l'immigration et de l'orientation de la politique étrangère du pays, membre de l'Otan et de l'Union européenne.

Le résultat du vote reflète bien une société coupée en deux, a déclaré à l'AFP l'analyste Jiri Pehe. "Il y a vraiment une profonde polarisation, non seulement entre Prague et d'autres grandes villes d'un côté et le reste du pays de l'autre, mais aussi une polarisation portant sur le choix de civilisation", a-t-il dit.

"On voit qu'une moitié de la société a peur du monde extérieur, de la mondialisation et de ses défis. Zeman a eu recours à cette problématique, malgré une certaine perte de crédit auprès des hommes politiques occidentaux", a-t-il poursuivi.

Immigration au coeur du scrutin

Selon l'analyste, l'orientation pro-russe et pro-chinoise affichée par le président sortant n'est pas partagée par la majorité des Tchèques. "C'est plutôt la migration qui a été le sujet principal. Zeman (hostile aux migrants) est aux yeux de ses électeurs le défenseur des intérêts nationaux tchèques", a-t-il expliqué.

Le chef de l'Etat sortant partage avec d'autres gouvernements d'Europe centrale le refus d'accueillir des migrants en provenance de pays musulmans, même si la République tchèque n'a reçu que 116 demandes d'asile entre janvier et novembre l'an dernier.

Jiri Drahos est, lui aussi, opposé aux quotas de répartition de migrants que l'Union européenne cherche en vain à imposer aux pays membres, mais plaidait pour de meilleures relations avec les partenaires européens de Prague.

Soutien à Babis

Le scrutin s'est déroulé sur fond de problèmes du gouvernement minoritaire d'Andrej Babis, allié de M. Zeman. Inculpé pour fraude aux subventions européennes, le milliardaire populiste n'a pas obtenu la confiance du Parlement et a présenté au président la démission formelle de son cabinet la semaine dernière.

M. Zeman a laissé entendre que M. Babis pourrait désormais diriger longtemps son gouvernement démissionnaire en attendant d'en former un autre. "Comme j'ai été réélu, je ne vois aucune raison pour mettre la pression à Andrej Babis par un délai trop court pour la nomination de son gouvernement", a-t-il dit.

M. Drahos était, lui, hostile à l'idée d'avoir un Premier ministre poursuivi en justice.

Devant la presse, M. Zeman a retrouvé ses accents populistes pour s'en prendre aux journalistes et aux hommes politiques. "Je me suis persuadé en effet que non seulement l'intelligence des journalistes mais aussi celle de certains politiciens est sensiblement plus basse que celle des citoyens normaux", a-t-il dit.

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ATS