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Le roi thaï signe la nouvelle Constitution de la junte

La garde royale thaïlandaise a salué la signature de la nouvelle constitution. KEYSTONE/EPA/NARONG SANGNAK sda-ats
Ce contenu a été publié le 06 avril 2017 - 12:41
(Keystone-ATS)

Le roi de Thaïlande a signé jeudi une nouvelle Constitution qui ouvre la voie à des élections après trois ans de junte. Le contrôle de l'armée sur les affaires de l'Etat a été renforcé.

L'armée soutient que la constitution - la vingtième depuis 1932 - permettra de lutter contre l'instabilité chronique de la vie politique thaïlandaise et de se débarrasser des parlementaires corrompus. Au pouvoir depuis 2014, les militaires affirment que la signature du nouveau texte est une étape essentielle vers le retour de la démocratie et la tenue d'élections.

Mais leurs adversaires font observer que ces scrutins ne déboucheront que sur une démocratie au rabais, avec un Sénat totalement nommé et un contrôle accru sur les députés élus. Selon le calendrier établi par la Constitution, il faudra attendre au moins l'an prochain avant la tenue d'un scrutin.

Constitution amendée par le roi

Le roi Maha Vajiralongkorn a succédé l'an passé à son père le roi Bhumibol Adulyadej qui avait régné 70 ans. Il a signé jeudi après-midi la Constitution, validée par un référendum en août, lors d'une cérémonie télévisée à Bangkok.

Le nouveau roi avait créé la surprise en début d'année en demandant la modification de certaines parties du nouveau projet de Constitution concernant la monarchie. Signe de l'opacité entourant tout ce qui concerne la monarchie, les autorités n'ont pas rendu publics les passages amendés des nouvelles sections.

La Thaïlande a connu plus d'une décennie d'instabilité politique qui a largement nui à la croissance d'une économie naguère louée pour son dynamisme. Au cours de cette période surnommée "la décennie perdue", le pays a été le théâtre de nombreuses manifestations, d'une profonde instabilité gouvernementale et de deux coups d'Etat militaires.

Système politique de la Guerre froide

Pour les experts, la Thaïlande renoue par cette Constitution avec le système politique de la Guerre froide. Les parlementaires élus étaient alors souvent contrôlés par des organes non élus.

Pour Thitinan Pongsudhirak de l'Université Chulalongkorn de Bangkok, cette Constitution est loin de l'esprit de la charte de 1997, la plus libérale que le pays ait eue. "La nouvelle Constitution annule les progrès dans la représentation populaire qui avaient culminé avec la Constitution de 1997", a-t-il dit. "Les nominations seront désormais très répandues aux dépens des représentants élus."

Pour la junte, il s'agit selon certains experts d'empêcher durablement le retour aux manettes de l'opposition, incarnée par l'ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra et sa soeur Yingluck, dont le gouvernement avait été balayé par le coup d'Etat de 2014.

Jusqu'ici, les militaires avaient principalement eu recours aux coups d'Etat, dès 2006 pour Thaksin. Mais les Shinawatra étaient toujours revenus au pouvoir sitôt des élections organisées.

Outre la nomination des sénateurs, la nouvelle Constitution renforce les pouvoirs de la Cour constitutionnelle et doit faciliter la destitution de dirigeants civils.

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