Les avocats d'Harvey Weinstein ont appelé jeudi les jurés à acquitter l'ex-magnat d'Hollywood accusé d'agressions sexuelles, même si c'est "impopulaire". Ils les ont exhortés à prendre "une décision impopulaire" et à "ignorer l'agitation" médiatique.

Dans sa plaidoirie finale, la principale avocate de la défense, Donna Rotunno, a accusé les procureurs d'avoir créé "un univers alternatif" dans lequel le producteur aux plus de 80 Oscars s'attaquait à de jeunes actrices, sans fournir les preuves de la culpabilité de celui qui est à l'origine de l'émergence du mouvement #MeToo.

"Il était innocent quand il a franchi cette porte. Il était innocent quand les témoins ont commencé à déposer. Et il est innocent, assis devant vous maintenant", a-t-elle lancé aux douze jurés du tribunal de Manhattan.

"Bon sens new-yorkais"

"Les médias ont fait du zèle, l'accusation a fait du zèle", a dénoncé l'avocate, qui a jusqu'ici obtenu l'acquittement de la quasi-totalité des hommes accusés d'agression sexuelle qu'elle a défendus. "Ne laissez jamais vos émotions brouiller votre réflexion. Utilisez votre bon sens new-yorkais, il vous mènera à la bonne réponse", a-t-elle ajouté.

Le producteur de 67 ans, qui fut le premier à découvrir le talent de Quentin Tarantino et produisit des succès comme "Shakespeare in Love" ou "The Artist", risque la perpétuité en cas de condamnation.

Depuis le 22 janvier, six femmes ont témoigné pour l'accusation, affirmant que l'ex-magnat d'Hollywood les avait agressées sexuellement.

Question du consentement

Si M. Weinstein a été accusé de harcèlement ou d'agression sexuelle par plus de 80 femmes depuis octobre 2017, son avocate a rappelé aux jurés qu'il n'était jugé que pour deux agressions présumées: un viol supposé sur une aspirante actrice, Jessica Mann, en 2013 et un cunnilingus forcé sur une ex-assistante de production, Mimi Haleyi, en 2006.

Or dans ces deux cas, la notion-clé de consentement s'avère plus floue que dans la plupart des procès pour agressions sexuelles. Les deux femmes ont en effet reconnu au cours du procès avoir eu avec M. Weinstein au moins un rapport sexuel consenti après l'agression supposée.

"La vérité laisse des traces"

La défense a présenté de nombreux courriels semblant montrer que les accusatrices étaient restées en bons termes avec le producteur après leur agression présumée. "La vérité laisse des traces", a affirmé Mme Rotunno.

Elle a aussi rappelé aux jurés qu'ils ne pouvaient le condamner que s'ils étaient certains de sa culpabilité "au-delà d'un doute raisonnable".

Les jurés doivent arriver à un verdict à l'unanimité. En cas de désaccord, le procès serait annulé et l'accusation pourrait alors décider de tenter un nouveau procès - comme ce fut le cas pour la vedette de télévision Bill Cosby, accusé lui aussi d'agression sexuelle - ou pas.

S'il était acquitté à New York, ou si le procès devait être annulé, M. Weinstein aurait à répondre d'autres inculpations pour deux agressions sexuelles à Los Angeles, annoncées début janvier.

Après la défense, la procureure Joan Illuzzi-Orbon doit prononcer sa plaidoirie finale vendredi, avant le début des délibérations prévu mardi.

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