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Les opposants à la loi sur la laïcité à Genève lancent la campagne

Le député genevois Pierre Vanek met directement en cause le conseiller d'Etat Pierre Maudet pour une loi qui viole selon lui les droits de l'homme (archives).

KEYSTONE/MARTIAL TREZZINI

(sda-ats)

Une galerie de selfies pour montrer la diversité dans le Canton de Genève face à une législation "qui exclut". Les opposants à la loi cantonale sur la laïcité, soumise au peuple en février prochain, ont lancé samedi leur campagne en ciblant notamment Pierre Maudet.

Ils regroupent cinq partis de gauche et plusieurs syndicats ou associations. "Cette loi est inutile et stupide", a dit à Keystone-ATS le conseiller administratif genevois de SolidaritéS Rémy Pagani. Contrairement à la situation en France, "il n'y a pas d'antagonismes à Genève" sur la question religieuse, ajoute-t-il.

La loi genevoise sur la laïcité réglemente le port de signes religieux dans l'espace public. Une motivation contestée par le député d'Ensemble à Gauche Pierre Vanek. Il y voit une "législation Maudet" qui viole les droits de l'homme et qui permet au conseiller d'Etat de contrôler plutôt que libéraliser. Selon lui, celle-ci vise "clairement" la religion musulmane.

Son mouvement fera recours en justice si la loi est promulguée. Deux procédures lancées par les Verts et le Réseau évangélique sont suspendus jusqu'au terme de la votation du 10 février. Si la loi est validée, "on verra le rapport de force" en Ville de Genève, dit M. Pagani. Le conseiller administratif discutera des moyens de l'appliquer aux 4500 employés.

Une élue voilée dans le canton

Parmi les dispositions les plus controversées, la loi interdit les signes religieux ostentatoires pour les membres des exécutifs, les élus des parlements lorsqu'ils siègent et les fonctionnaires dans l'exercice de leur fonction. Cette mesure peut s'appliquer aussi à l'ensemble du "domaine public" pour "prévenir des troubles graves à l'ordre public".

Autre grief pour les opposants, la loi fixe comme cadre pour les manifestations religieuses le domaine privé. "Demain, ce seront des syndicalistes" qui seront interdits de se rassembler, dit M. Vanek. Il déplore aussi que la législation détaille des conditions pour l'impôt ecclésiastique qui permettent de "trier" les organisations qui en bénéficieront.

Seule élue voilée dans le canton, la conseillère municipale verte de Meyrin Sabine Tiguemounine s'est sentie directement visée par l'amendement déposé en urgence qui refuse aux élus tout signe ostentatoire lorsqu'ils siègent. En pleine campagne pour le Grand Conseil pour lequel elle n'a pas été élue.

Centaines de selfies

"Les gens me connaissent comme cela", dit-elle. Elle ajoute ne jamais avoir eu de problèmes dans la ville où elle est élue ni comme infirmière. Samedi à Genève, elle a été prise à partie à trois reprises.

Selon elle, la législation pourrait aboutir à un communautarisme. "La paix confessionnelle existe à Genève. La loi la met à mal", déplore-t-elle, se disant aussi "déçue" du manque de soutien voire de l'approbation de ces dispositions par les représentants d'autres religions.

Pour habiller les affiches de campagne, plus d'une centaine de citoyens se sont fait prendre samedi en selfie pour incarner leur réprobation de la loi. D'ici au 12 décembre, les opposants souhaitent en rassembler des centaines.

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