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La police a fait usage de gaz lacrymogène pour disperser les manifestations à l'encontre du président vénézuélien Nicolas Maduro. De jeunes manifestants encagoulés ont répliqué par des jets de pierres.

KEYSTONE/AP/FERNANDO LLANO

(sda-ats)

Les forces de l'ordre bloquaient lundi l'accès au centre de Caracas à des milliers d'opposants au projet d'assemblée constituante du président vénézuélien. Nicolas Maduro est confronté à un mouvement de protestation qui a fait 36 morts depuis début avril.

La police a fait usage de gaz lacrymogène, à quoi de jeunes manifestants encagoulés ont répliqué par des jets de pierres et d'engins explosifs en divers endroits dans l'est de la capitale, a constaté l'AFP. D'autres affrontements étaient recensés dans des Etats de l'ouest du Venezuela. Plusieurs personnes ont été blessées.

Les antichavistes (du nom du défunt président Hugo Chavez, 1999-2013) tentaient, comme ils le font presque quotidiennement depuis le 1er avril, de rejoindre le centre de Caracas où se trouve le ministère de l'Education. Ils veulent y notifier leur refus d'une révision de la Constitution.

"C'est une farce, une arnaque, un truc pour se maintenir au pouvoir. Le vote est l'unique sortie à ce désastre au Venezuela", a déclaré dans la manifestation Julio Borges, le président du Parlement, l'unique institution contrôlée par l'opposition. "Nous voulons vivre en démocratie. L'assemblée constituante, c'est une mascarade", lui faisait écho Jorge Gonzalez, un architecte de 63 ans également présent au défilé contre le président.

Au palais présidentiel de Miraflores, le ministre de l'Education Elias Jaua, missionné par M. Maduro pour préparer cette assemblée constituante, a appelé les antichavistes à revenir sur leur décision de ne pas participer au processus. "Les portes sont ouvertes, en particulier aux porte-parole de la MUD (la coalition d'opposition), la voie, c'est le dialogue", a-t-il assuré au cours d'une réunion avec différents partis politiques.

Partisans aussi réunis

Dans le centre de Caracas, où les manifestants de l'opposition ne parviennent jamais à se rendre, une foule de partisans du gouvernement était réunie lundi.

"Nous défendons la constituante pour approfondir la révolution d'Hugo Chavez", a expliqué le jeune Alejandro Seguias, l'un des manifestants soutenant M. Maduro. Et d'assurer que ce dernier cherche à renforcer l'actuelle loi fondamentale en vigueur depuis 1999.

Malgré le net rejet de l'opposition, le gouvernement poursuit ses réunions avec les différents pans de la société pour préparer la constituante. Ses adversaires l'accusent d'ainsi chercher à contourner l'organisation d'élections libres dignes d'une "véritable démocratie".

Car le risque est élevé pour le dirigeant socialiste en cas de recours aux urnes : plus de 70% des Vénézuéliens en effet souhaitent son départ, selon des sondages. Les citoyens sont lassés par les pénuries de produits alimentaires et de médicaments mais aussi par la vertigineuse inflation, attendue à 720% fin 2017 par le FMI.

"J'ai perdu mon époux parce qu'on n'a pas trouvé les traitements. Il n'y a pas de médicaments, pas de nourriture. Cela ne peut plus continuer comme ça", a confié Isabel Morales, une manifestante de 68 ans.

"Paralysie"

"Le gouvernement sait qu'il n'est soutenu que par une minorité de la population (...). Une constituante lui permet de paralyser tous les processus électoraux en cours, de destituer les pouvoirs qui font trop de bruit, à commencer par l'Assemblée nationale", explique l'analyste Luis Vicente Leon.

La moitié des 500 membres de cette assemblée constituante seront désignés par des groupes sociaux (syndicats, retraités...) que l'opposition accuse d'être sous la mainmise de M. Maduro, les autres seront élus selon un découpage par circonscription municipale. Plusieurs analystes redoutent qu'il place ainsi nombre de ses partisans.

Brandissant des drapeaux vénézuéliens et des pancartes sur lesquelles on pouvait lire "Non à la dictature", les manifestants étaient encore des milliers lundi à réclamer le départ de Nicolas Maduro, élu en 2013 et jusqu'en 2019. Ils exigent l'organisation d'élections anticipées.

La communauté internationale continue de suivre avec inquiétude la situation au Venezuela : le 22 mai, l'Organisation des Etats américains (OEA) réunira les ministres des Affaires étrangères de la région pour débattre de cette crise.

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ATS