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L'ancien guérillero Ramush Haradinaj (ici votant avec son épouse Anita) pourrait redevenir premier ministre du Kosovo.

KEYSTONE/EPA/PETRIT PRENAJ

(sda-ats)

Les partis radicaux sont arrivés en tête des élections législatives de dimanche au Kosovo. Mais ils risquent de ne pas s'assurer une majorité solide.

Peu après 21h00, et après dépouillement d'un tiers des bulletins, l'ONG indépendante Democracy in Action annonçait que la "coalition des guerriers", conduite par l'ancien chef de guerre Ramush Haradinaj et réunie derrière le Parti démocratique du Kosovo (PDK) du président Hashim Thaçi, emportait 36,9% des voix.

Les deux autres principaux partis, la Ligue démocratique du Kosovo (LDK, centre droit) et Vetevendosje (Autodétermination, gauche nationaliste) suivaient, avec chacun environ un quart des suffrages.

Un sondage à la sortie des urnes indiquait un peu plus tôt que la coalition autour du PDK avait obtenu 40,5% des suffrages, devant Vetevendosje (30%) et le LDK (27%).

"Nous appelons les partis à ne pas faire la fête trop tôt", a mis en garde Ismet Kryeziu de "Democracy in Action", au moment où des estrades étaient dressées à Pristina par plusieurs partis. Mais , M. Haradinaj s'est immédiatement félicité d'une "victoire convaincante" et a annoncé qu'il allait s'employer à former un gouvernement.

Les premiers résultats étaient attendus dans la soirée, mais la répartition des sièges ne devrait être pas être connue avant lundi, voire en milieu de semaine.

Nombreux défis

La majorité issue de ces législatives, les troisièmes depuis que le Kosovo a déclaré son indépendance de la Serbie en 2008, aura fort à faire. Elle sera confrontée à une situation économique catastrophique qui pousse une grande partie de sa jeunesse à l'exil.

La communauté internationale attendra d'elle qu'elle renoue avec Belgrade, avec qui les relations sont exécrables depuis des mois. Or, si le candidat de la LDK Avdullah Hoti a dit qu'il entendait renouer le dialogue avec Belgrade, les deux autres postulants au poste de Premier ministre ont dit leur opposition à l'accord de normalisation conclu en 2013, notamment à la mise en place des "municipalités" où vivent les quelque 100 à 150'000 Serbes du Kosovo.

Majorité incertaine

Même en tête, il n'est pas certain que la coalition de M. Haradinaj puisse gouverner seule en atteignant les 51 sièges (sur 120) auxquels s'ajouteront sans doute les dix députés des minorités non serbes (turcs, roms, bosniaques,...) qui soutiennent traditionnellement le vainqueur. Les Serbes désignent également dix députés.

Faute de majorité nette, la coalition des "guerriers" resterait à la merci d'un accord entre ses adversaires. Vetevendosje semblait bien placé pour créer une surprise et profiter du ras-le-bol d'une partie de la population avec son discours alliant thématiques économiques de gauche, combat contre la corruption et rhétorique nationaliste.

Risque d'instabilité

Pour espérer gouverner, son candidat Albin Kurti devrait s'allier avec la coalition de centre-droit formée derrière la LDK. Deux camps qui ne partagent que leur opposition aux "guerriers".

Ce sont les députés d'Albin Kurti qui jetaient du gaz lacrymogène dans l'Assemblée pour s'opposer à l'accord de délimitation de la frontière avec le Monténégro, qui était défendu par le LDK. Et leurs positions semblent opposées sur les discussions avec la Serbie. Leur alliance préfigurerait d'un gouvernement fragile.

Or, prédit l'European Centre for minority issues (ECMI), il y aura un "véritable risque d'instabilité" quand "débuteront les arrestations" par les cours spéciales chargées de juger les crimes de guerre de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) lors du conflit d'indépendance contre les forces de Belgrade (1998-99, 13'000 morts).

Parmi les inculpés potentiels pour des crimes contre des Serbes, des Roms et des Kosovars albanais accusés de collaboration, sont cités plusieurs dirigeants, dont le président Hashim Thaçi ou le puissant patron du PDK Kadri Veseli.

La participation s'est élevée à 41,4%.

ATS

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