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(sda-ats)

Les organisations d'élèves appellent à manifester ce mercredi à Lucerne et ailleurs en Suisse pour protester contre les coupes dans l'éducation. Le mouvement reflète une situation difficile, notamment en Suisse alémanique.

De 2013 à 2018, les cantons auront coupé plus d'un milliard de francs dans la formation. Cette estimation, publiée en janvier par le Matin Dimanche, émane du syndicat des enseignants alémaniques LCH (Dachverband Lehrer Schweiz) et du conseiller national Mathias Reynard (PS/VS).

Ce chiffre est largement sous-estimé, relève l'enseignant valaisan, car il ne prend pas en compte les économies des communes dans les équipements scolaires. En outre, l'enquête mise à jour en 2016 ne contient pas toutes les mesures décidées depuis.

En clair, ce sont des retenues sur les salaires, des effectifs d'élèves en augmentation, des fermetures de classes ou des réductions d'heures d'appui. Lucerne a défrayé la chronique l'année dernière en imposant une semaine de vacances aux élèves pour économiser 4 millions sur les salaires des maîtres. St-Gall avait donné l'exemple en 2013.

"Au final, ce sont surtout les enfants qui en font les frais", relève Franziska Peterhans, secrétaire centrale de LCH. L'austérité affecte tous les niveaux, de l'école obligatoire à la formation professionnelle jusqu'aux hautes écoles, déplore l'Union des étudiants de Suisse (UNES) qui soutient le mouvement collégien. La résistance s'est d'ailleurs déjà manifestée à Zurich en mars ou en Argovie et Neuchâtel en novembre.

Contradictions

"Il est inadmissible que les politiciens insistent à chaque occasion sur le fait que la formation est la seule ressource de la Suisse, mais qu'ensuite, lors de débats sur le budget, ils coupent sans hésiter dans l'enseignement", déplore Josef Stocker, co-président de l'UNES.

"On s'en prend à la substance de la Suisse", estime Beat Zemp, président de LCH dans une interview au SonntagsBlick de janvier dernier. Selon lui, si la formation ne permet plus aux Suisses d'acquérir par eux-mêmes un certain niveau de confort, le recul de la prospérité suisse est programmé pour les 20 prochaines années.

Dans les cantons, on se montre réticent à prendre position, à l'image de Fribourg. Chaque canton a ses propres impératifs. La Conférence des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP) tout comme les sous-conférences régionales n'ont elles aucun mot à dire dans ce domaine.

Pour Elisabeth Baume-Schneider, ancienne ministre jurassienne en charge de l'éducation, le monde politique devrait davantage reconnaître le rôle de l'école comme investissement. Il faudrait en outre désenchevêtrer ses différents coûts: notamment la dimension pédagogique, le statut du corps enseignant et les conditions de travail, les ouvertures ou fermetures de classe qui concerne également la question plus globale de l"attractivité des communes, illustre-t-elle.

Mécontentement à Neuchâtel

En Suisse alémanique, ce sont surtout le cantons de Berne, Lucerne, Argovie et Bâle-Campagne qui ont subi les programmes d'austérité les plus sévères, selon LCH. Soleure, Fribourg, Schaffhouse et Zurich ont également eu leur lot de mesures d'économies qui font mal.

La situation apparaît moins tendue en Suisse romande. Seul le canton de Neuchâtel s'est illustré en novembre par une fronde des enseignants dans la rue. Ils protestaient contre une nouvelle grille salariale. Celle-ci a finalement été maintenue en échange d'autres concessions.

Dans les autres cantons romands, "beaucoup ont déjà traversé plusieurs mesures d'économies ces dernières années", explique Samuel Rohrbach, président du Syndicat des enseignants romands (SER).

A titre d'exemple, dans le canton de Fribourg, les économies ont porté sur les salaires du personnel de l'Etat de 2014 à 2016, en Valais, cela s'est traduit par des économies dans l'enseignement des langues, dans le Jura, c'est le Parlement qui presse pour fermer des classes dans le cadre des réductions de dépenses de l'Etat (Optima).

L'avenir ne s'annonce pas rose, même si la menace que faisait peser la 3e réforme de l'imposition des entreprises sur les finances publiques est provisoirement écartée. Neuchâtel a déjà annoncé une réduction d'une période par semaine pour les élèves de 8 à 12 ans dès la rentrée d'août. Et dans le canton de Berne, une pétition circule pour s'opposer à de nouvelles restrictions qui pourraient atteindre les 100 millions de francs dans la formation.

ATS

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