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Le ministère chinois des Finances a rejeté l'évaluation de Moody's, accusant l'agence d'avoir surestimé les difficultés du pays (archives).

KEYSTONE/AP/ANDY WONG

(sda-ats)

Moody's a infligé mercredi à la Chine son premier abaissement depuis 28 ans. L'agence de notation financière s'inquiète des risques d'augmentation de la dette de la deuxième économie mondiale.

En réduisant sa note de Aa3 à A1 avec une perspective stable, l'agence a estimé que "la solidité financière de la Chine va quelque peu s'éroder au cours des années qui viennent, le volume total de la dette continuant à grossir tandis que le potentiel de croissance ralentit".

Le ministère chinois des Finances a rejeté l'évaluation de Moody's, accusant l'agence d'avoir surestimé les difficultés du pays. La croissance économique du géant asiatique est tombée l'an dernier à 6,7%, soit son plus mauvais score depuis un quart de siècle.

Du fait du vieillissement de la population et du ralentissement des investissements et de la productivité, Moody's dit désormais s'attendre à la voir plonger aux alentours de 5% par an sur les cinq années à venir, un chiffre très inférieur aux prévisions officielles qui tablent sur plus de 6,5% en moyenne durant le 13e plan quinquennal (2016-2020).

Investissements dans les infrastructures

Après des décennies de croissance à deux chiffres, le régime communiste s'efforce désormais de soutenir l'économie en investissant massivement dans les infrastructures et en maintenant des taux d'intérêt très bas, mais cette politique a créé une bulle financière, notamment dans l'immobilier, qui inquiète le Fonds monétaire international (FMI).

Le FMI a ainsi reproché le mois dernier à Pékin de privilégier la croissance à court terme au détriment de l'assainissement de son système financier.

Les réformes prévues par le régime communiste pour combattre les risques financiers pourront "ralentir mais pas empêcher une augmentation de la dette" du pays, a observé Moody's dans un communiqué.

Moody's s'inquiète particulièrement de la dette des entreprises d'Etat, souvent déficitaires, et qui siphonnent une grande partie des crédits bancaires, au détriment du secteur privé. Si Pékin affiche sa volonté de réformer le secteur public, "nous pensons que ces efforts de réforme n'auront pas suffisamment d'impact, ni suffisamment vite, pour éviter une érosion" du profil financier chinois, selon l'agence de notation.

Un coup psychologique

Moody's n'avait plus réduit depuis 1989 la note de la dette chinoise, qui n'avait fait que monter depuis à mesure de l'émergence économique du pays. La nouvelle a initialement pénalisé les marchés boursiers et le yuan, mais les places de Shanghai et de Shenzhen comme la devise nationale avaient pratiquement effacé leurs pertes à la mi-journée.

"Psychologiquement, c'est un coup que la Chine va mal prendre et qui reflète la montée de la pression financière", a observé Christopher Balding, professeur à l'Ecole de commerce HSBC à Shenzhen. En même temps, "ça n'a pas énormément d'importance parce que l'essentiel de la dette chinoise est détenu par des acteurs étatiques ou quasi-étatiques et très peu par des étrangers", a-t-il déclaré à l'agence Bloomberg.

La dette totale de la Chine représentait 256% du PIB à la fin de l'an dernier. Mais la dette extérieure n'en représente qu'environ 12%. La seule dette publique devrait quant à elle atteindre 45% du PIB d'ici à la fin de la décennie, prévoit Moody's.

Chine pénalisée

"Cet abaissement va certainement pénaliser la Chine. Il va être plus difficile pour la Chine de financer sa dette. Les entreprises chinoises vont avoir plus de mal à lever des fonds sur les marchés internationaux", a prédit Liao Qun, économiste à la Citic Bank International à Hong Kong.

"Cela fait l'effet d'une douche froide au moment où tout le monde est optimiste envers l'économie de la Chine", a-t-il déclaré. Selon lui, les risques qui pesaient à la fin de l'an dernier sur l'économie chinoise, particulièrement la menace d'une guerre commerciale avec l'Amérique de Donald Trump, ont reculé.

"Cet abaissement n'a aucun sens", tranche l'économiste, au vu des meilleures performances de l'économie chinoise depuis le début de l'année.

ATS

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