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Moutier: vives réactions des autonomistes et antiséparatises

Marcel Winistoerfer, le maire de Moutier, a été parmi les plus virulents au moment de critiquer la décision de la préfète du Jura bernois.

KEYSTONE/LAURENT GILLIERON

(sda-ats)

L'invalidation du transfert de Moutier (BE) dans le canton du Jura n'a pas manqué de susciter de très vives réactions. "Ignominie", "magouilles", "déni de justice" ou "discrédit", les deux camps n'ont pas mâché leurs mots, malgré les appels au calme de Berne.

"C'est une ignominie", a affirmé le maire autonomiste de Moutier Marcel Winistoerfer. "Une nouvelle affaire jurassienne est engagée", a-t-il ajouté à titre personnel.

Le maire a eu des mots très durs envers le gouvernement bernois et la décision de la préfecture du Jura bernois. "C'est totalement impensable, c'est totalement incompréhensible, je suis sidéré", a-t-il martelé.

Pour Pierre-André Comte, secrétaire général du Mouvement autonomiste jurassien (MAJ), "on est devant un déni de justice. La préfecture a pris une décision politique sur ordre du gouvernement bernois", a-t-il estimé. "Les autonomistes n'accepteront pas qu'on leur vole la victoire du 18 juin 2017", a-t-il assuré, ajoutant que le MAJ allait "réagir en conséquence".

"Le canton de Berne, au travers de son bras armé la préfecture, a annulé le vote", a renchéri Laurent Coste, le chef de campagne de Moutier ville jurassienne. Il a estimé que le canton de Berne voulait récupérer Moutier sur le "tapis vert".

"Nous allons vraisemblablement porter l'affaire devant le Tribunal cantonal administratif", a ajouté Laurent Coste.

Pour le porte-parole de Moutier ville jurassienne, Valentin Zuber, la Question jurassienne est relancée. "Nous rentrerons en lutte contre le gouvernement et ses représentants", a-t-il averti.

"Abus de démocratie"

Du côté des antiséparatistes, le soulagement est de mise, mais les critiques ont également fusé. Le vote du 18 juin 2017 a été entaché de "magouilles", a commenté le conseiller national pro-bernois Manfred Bühler (UDC/BE).

A ses yeux, les autorités de Moutier "se sont totalement discréditées", elles qui ont "abusé de la démocratie" lors de la votation du 18 juin. Il a demandé la démission des autorités de la cité prévôtoise.

Moins virulent, Marc Tobler, conseiller municipal UDC de Moutier, a remarqué que la "justice avait été faite". L'antiséparatiste a dit son "soulagement", mais tout se montrant prudent, sachant les recours iraient probablement jusqu'au Tribunal fédéral.

"C'est compliqué de vivre avec cette incertitude, mais on n'en serait pas là, si les choses avaient été faites de manière juste", a remarqué Marc Tobler.

Braises

Les recourants au vote du 18 juin ont, eux, salué la décision "courageuse" de Stéphanie Niederhauser, la préfète du Jura bernois. "De nombreuses tentatives d'intimidation, voire menaces ont été distillées par voie de presse", ont souligné les recourants. "On a ainsi entendu parler de volcan qui se réveillerait, d'émeutes, de braises qu'on allait attiser. Ces propos aussi intimidants soient-ils n'ont pas influencé la décision préfectorale."

Patrick Röthlisberger, porte-parole de "Moutier-Prévôté", s'est aussi dit "soulagé que la démocratie ait gagné. Il s'est toutefois avoué "surpris, voire consterné", du fait que le scrutin du 18 juin ait été décrit comme soumis à une "surveillance exceptionnelle".

Si le gouvernement jurassien devait réagir lors d'une conférence de presse programmée à 14h00, son homologue bernois a déploré les "pratiques contraires à la démocratie", dénoncées par la préfecture du Jura bernois, pour justifier sa décision d'annuler le vote du 18 juin.

Appel au calme

Dans son communiqué, le Conseil-exécutif bernois appelle néanmoins "toutes les parties à garder leur calme et compte sur les autorités pour contribuer au maintien de l'ordre public et apaiser les tensions". Il a précisé vouloir poursuivre le dialogue avec le gouvernement jurassien.

La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, qui a un rôle de médiatrice dans ce dossier, a également voulu jouer la carte de l'apaisement. "Cette décision n’est pas encore finale: comme il se doit dans un Etat de droit, elle est susceptible d’un recours au Tribunal administratif bernois, puis, cas échéant, au Tribunal fédéral", a écrit le Département fédéral de justice et police (DFJP).

La Confédération reste impliquée dans le dossier jurassien comme elle l'a toujours été depuis plusieurs décennies, a expliqué Simonetta Sommaruga. Une Charte Prévôtoise, adoptée par les gouvernements bernois et jurassien début octobre 2018, a été et peut toujours être signée par toute personne attachée au respect du dialogue politique et citoyen, a-t-elle rappelé.

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