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Iranaitivu, comme beaucoup d'autres régions traditionnellement peuplées de Tamouls, est occupée par l'armée sri-lankaise (photo prétexte).

KEYSTONE/AP/PRADEEP PATHIRAN

(sda-ats)

"J'ai perdu tout espoir que le gouvernement sri-lankais me permette de retourner sur mon île d'Iranaitivu", déclare Mary Jeyaseelan. Neuf ans après la fin de la guerre civile, quelque 140'000 Tamouls attendent comme elle toujours de pouvoir rentrer chez eux.

"Nous vivions sur Iranaitivu - petite île à l'extrême nord-est du Sri Lanka - depuis quatre siècles", souligne Mary Jeyaseelan, 55 ans, interrogée par l'ats à Berne. Après avoir dû fuir les combats opposant les forces de Colombo aux Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) en 1992, comme 650 autres insulaires, elle et ses proches se réfugient à Iranaimatha Nagar, sur la côte sri-lankaise.

Depuis, les 225 familles d'Iranaitivu, devenues entre-temps 450 suite à de nouvelles unions, survivent dans des conditions précaires en espérant pouvoir rentrer un jour chez elles. Mary Jeyaseelan, trois enfants, a désormais aussi trois petits-enfants.

Ile occupée par l'armée

En mai 2009, la guerre entre les LTTE, qui réclamaient la création d'un Etat pour la minorité tamoule (18% de la population) dans le nord du pays, et le gouvernement sri-lankais, a pris fin après 26 ans. Neuf ans plus tard, sur plus d'un million de Tamouls déplacés par le conflit, quelque 140'000 n'ont pas retrouvé leurs terres, dont environ 100'000 sont réfugiés en Inde.

Iranaitivu, comme beaucoup d'autres régions traditionnellement peuplées de Tamouls, est occupée par l'armée sri-lankaise. Jusqu'en 2008, les habitants pouvaient se rendre de temps à autre sur l'île, dans leurs zones de pêche, voir leur maison et honorer leurs lieux de culte. Depuis 2013, ils n'ont plus droit qu'à une visite par an et seulement au temple.

Ils tentent de subsister à Iranaimatha Nagar grâce à la pêche, leur activité traditionnelle. "Mais cela ne suffit pas pour vivre", dit Mary Jeyaseelan. "Nous avons dû abandonner tout notre matériel et nos bateaux sur l'île. Des ONG nous ont fourni 50 embarcations, mais nous devons payer la moitié de leur prix, par traites mensuelles".

La zone de pêche, peu poissonneuse, est loin. Il faut 35 à 50 litres de fuel pour y accéder, alors que 20 litres suffisaient à Iranaitivu. Et la quantité de poissons pêchés ne permet pas toujours d'acheter du carburant pour le jour suivant.

Mystérieuse disparition

D'autres sources de revenus manquent. Sur l'île, "nous, les femmes, avions notre propre bétail - 25 à 30 vaches et une vingtaine de moutons pour moi - et nous élevions notamment des crabes, ce qui n'est plus possible".

Le bétail a entre-temps mystérieusement disparu: "Je l'ai encore vu en 2013, quand je suis allée sur l'île", se souvient Mary Jeyaseelan. Début février 2018, il n'y avait plus rien. "Et nos maisons sont très abîmées, sauf celles habitées par les militaires. J'ai aussi vu que les soldats vendent nos noix de coco". Chères, ces dernières, une des bases de la cuisine sri-lankaise, manquent à Iranaimatha Nagar.

L'armée fait du commerce

Partout où ils sont dans le Vanni, la province nord du Sri Lanka sans la péninsule de Jaffna, les militaires se sont lancés dans différentes activités économiques, y compris touristiques, constate la Société pour les peuples menacés (SPM), auteure avec une autre ONG, locale, "National fisheries solidarity movement" (NAFSO), d'un rapport sur l'accaparement des terres par l'armée. Et Iranaitivu est riche en ressources, en plus d'être une base intéressante pour la marine.

Mary Jeyaseelan voit aussi dans cette situation une forme de "punition" contre la population tamoule. En mai 2017, sa communauté a entamé une action pour réclamer sa réinstallation immédiate à Iranaitivu et remis une pétition dans ce sens à la présidence. La promesse, en août, du ministre de la défense Ruwan Wijewardene de rendre leurs terres aux habitants est jusqu'ici restée lettre morte.

"J'ai perdu espoir et j'en ai assez de faire pression auprès du gouvernement", dit Mary Jeyaseelan. Raison pour laquelle, avec l'aide de la SPM, elle est venue expliquer la situation mardi au haut commissariat aux droits de l'homme à Genève, avec l'espoir que la communauté internationale fasse pression sur Colombo.

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ATS