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Le collectif "Pou la Gwiyann dékolé" ("Pour que la Guyane décolle") a annoncé jeudi soir l'ouverture des barrages qui paralysaient le territoire, "jusqu'à nouvel ordre" afin de laisser la population profiter du week-end pascal. Mais la mobilisation se poursuit, a-t-il martelé (archives).

KEYSTONE/AP France Guyane/DEBORAH NEUSY

(sda-ats)

Après plus de trois semaines de conflit social en Guyane, le collectif "Pou la Gwiyann dékolé" ("Pour que la Guyane décolle") a décidé jeudi soir de lever tous les barrages "jusquà nouvel ordre". Le fossé entre opposants et partisans des blocages est grandissant.

La Guyane était paralysée depuis plus de trois semaines par un mouvement social qui porte des revendications sécuritaires, économiques et sociales. Il veut permettre le rattrapage de la Guyane par rapport à l'Hexagone.

Mais le collectif, par l'intermédiaire de son porte-parole Mikael Mancée, leader charismatique du mouvement des "500 frères contre la délinquance", dont la particularité est de se déplacer cagoulés, a immédiatement prévenu sur Guyane 1re: "Tous les barrages sont ouverts, pas levés", soulignant que la mobilisation se poursuivait.

"On peut circuler, en cette période culturelle forte pour la Guyane", a-t-il assuré. Le week-end pascal est un moment très suivi par la population guyanaise.

Pas de délégation à Paris

Le collectif, composé de socio-professionnels, d'associations, de syndicats et d'élus, s'est réuni jeudi pendant trois heures en assemblée générale. Il a refusé qu'une délégation se rende à Paris pour rencontrer François Hollande.

L'hypothèse d'une telle délégation, proposée par le chef de l'Etat, avait été évoquée dans l'après-midi, mais elle n'a finalement pas été retenue. Et ce, pour marquer "la colère de la population vis à vis d'un président qui n'a jamais porté attention à notre égard depuis le début du mouvement", a déclaré un membre du collectif, Youri Antoinette, à la sortie de l'assemblée générale.

Dans la journée, les socio-professionnels avaient expressément demandé "la levée des barrages routiers qui nous divisent", pour "faire perdurer l'esprit du 28 mars (journée d'une mobilisation historique en Guyane, ndlr) et sauver les emplois guyanais".

La mobilisation se poursuit

"On est mobilisé, ça ne changera plus jamais, on a soulevé quelque chose qui ne s'arrêtera pas. On est parti pour des mois", a prévenu M. Mancée. Le collectif a décidé de se structurer en différents "pôles" pour la suite du mouvement. "On établit des dossiers qui concerneront l'ensemble du territoire, dans tous les domaines", a-t-il expliqué.

Jeudi après-midi, une nouvelle manifestation a rassemblé quelque 250 lycéens et étudiants à Cayenne, derrière une banderole "Propulser une jeunesse déterminée".

Alors que le gouvernement a validé la semaine dernière un plan d'urgence de plus d'un milliard d'euros pour ce territoire, "Pou La Gwiyann dékolé" réclame 2,1 milliards supplémentaires. Le Premier ministre Bernard Cazeneuve a indiqué mercredi qu'il souhaitait l'installation du comité de suivi local du plan d'urgence, "le 20 avril au plus tard", avec en son sein des représentants des forces économiques et sociales.

Plaintes

Depuis plusieurs jours, des voix se faisaient entendre crescendo pour réclamer la fin des blocages, après trois semaines d'un conflit qui a paralysé l'économie de tout le territoire.

Mercredi, onze plaintes pour "entrave à la libre circulation" ont été déposées par une centaine de chefs d'entreprises, commerçants et artisans venus manifester à Cayenne contre la poursuite du blocage, au lendemain d'une première manifestation anti-blocage à Kourou. Ils avaient notamment justifié leur action par des pertes financières de plus en plus importantes.

Conséquences sur la présidentielle

Et après un mouvement inédit qui a culminé le 28 mars par une manifestation d'ampleur jamais égalée en Guyane, de nombreux Guyanais ont exprimé leur crainte d'une "division" du mouvement en raison de nombreux messages haineux sur internet entre les partisans et les opposants aux blocages.

La "grève générale illimitée", décrétée le 25 mars et qui bloque le port de Cayenne, entraîne toujours des pénuries, notamment de produits frais. Et à l'hôpital de Cayenne, la directrice a annoncé jeudi la fermeture d'un service de chirurgie à partir de vendredi, en raison du manque d'effectifs lié au mouvement social.

Le conflit a aussi des conséquences sur la campagne présidentielle: la propagande électorale des onze candidats ne sera pas distribuée dans les boîtes aux lettres des électeurs guyanais, vu "l'impossibilité d'expédier les circulaires des candidats avant le premier tour du scrutin", le 23 avril.

ATS

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