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"Voyons voir ce que la suite va nous réserver au niveau de la Cour constitutionnelle", a temporisé sur France 24 Jean-Pierre Bemba, l'un des favoris à la succession du président Kabila avec ses bastions à Kinshasa et dans l'ouest de la RDC (archives).

KEYSTONE/EPA/NIC BOTHMA

(sda-ats)

La marche vers des élections apaisées et inclusives traverse une étape-test en République démocratique du Congo. L'ex-chef de guerre Jean-Pierre Bemba, trois ex-Premiers ministres et la seule femme candidate protestent contre leur exclusion.

Quatre des six recalés ont saisi lundi la Cour Constitutionnelle après l'invalidation de leur dossier vendredi par la commission électorale: l'ex-chef de guerre Jean-Pierre Bemba et trois ex-chefs du gouvernement, Samy Badibanga, Adolphe Muzito et le patriarche Antoine Gizenga.

La commission électorale a retenu au total 19 candidatures sur 25.

Les deux autres recalés, deux inconnus, ont aussi annoncé leur intention de saisir la Cour dans le délai légal de 48 heures (jours ouvrables) qui expire mardi soir. La publication de la liste définitive des candidats est prévue le 19 septembre, à trois mois des élections annoncées le 23 décembre.

"Verdict connu d'avance"

L'opposition et des mouvements citoyens doutent autant de l'indépendance de la Cour que de celle de la commission électorale nationale indépendante (Céni). L'opposition a accusé la Céni d'obéir aux "injonctions" du président Joseph Kabila et ses alliés pour éliminer ses candidats.

"Il n'y a pas d'inclusivité en dehors de la Constitution, en dehors des normes légales", a répondu le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende. "Pourquoi Joseph Kabila serait-il le seul à respecter la loi?", a-t-il ajouté. Le président, qui ne pouvait pas se représenter, a désigné un dauphin après deux reports des élections depuis la fin de ses mandats en décembre 2016.

"Le verdict de la Cour constitutionnelle est connu d'avance", s'est insurgé le mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha). Lucha cite le nom du président de la cour, Benoît Lwamba, ancien conseiller du président Kabila, et de Norbert Nkulu, un des trois juges nommés il y a quelques semaines et qui passent tous pour des fidèles.

Condamnation

"Voyons voir ce que la suite va nous réserver au niveau de la Cour constitutionnelle", a temporisé sur France 24 Jean-Pierre Bemba, l'un des favoris à la succession du président Kabila avec ses bastions à Kinshasa et dans l'ouest.

"Pour autant que la Cour soit indépendante", a aussi prévenu M. Bemba. Lui a été écarté en raison de sa condamnation pour subornation de témoins devant la Cour pénale internationale.

Devant la Cour, les partisans des uns et des autres ont défilé à tour de rôle. La journée a commencé avec les soutiens d'Antoine Gizenga, 92 ans, vice-Premier ministre au temps de Patrice Lumumba à l'indépendance en 1960 - et, plus récemment, ancien Premier ministre de M. Kabila (2006-2008).

M. Gizenga représente le Parti lumumbiste unifié (Palu) face à un candidat dissident, Adolphe Muzito, lui aussi ancien Premier ministre. Tous les deux ont été disqualifiés par la Céni, le patriarche parce qu'il n'aurait pas signé lui-même les formulaires, et M. Muzito pour "conflit d'intérêt avec le Palu qui conteste sa candidature".

Double nationalité

Deux autres candidats ont été disqualifiés pour "défaut de nationalité (congolaise) d'origine": l'ancien Premier ministre d'ouverture Samy Badibanga (novembre 2016-avril 2017) et la seule femme candidate, une haute fonctionnaire, Marie-Josée Ifoku Mputa.

La double nationalité est interdite en droit congolais.

M. Badibanga, "Congolais d'origine", "a déposé sa déclaration de recouvrement de la nationalité congolaise après sa renonciation à sa nationalité belge d'acquisition", selon un extrait du Journal officiel du 7 décembre 2016 reproduit par La Libre belgique.

"Pendant un temps, j'ai eu la nationalité canadienne. En 2011, j'y ai renoncé parce que je savais que j'allais entrer en politique. J'ai reçu un document de répudiation des autorités canadiennes. J'ai recouvré ma nationalité congolaise d'origine", a plaidé Mme Ifoku Mputa.

Gagner à tout prix

Le débat est encore juridique, mais le quotidien d'opposition Le Potentiel accuse: "Après s'être doté d'un dauphin, le régime en place veut s'assurer par tous les moyens, y compris les coups bas politiques et la tricherie, de gagner les prochaines élections".

Aux Nations unies, l'ambassadrice des Etats-Unis, Nikki Haley, a regretté que la RDC "gaspille de précieuses ressources" en refusant le soutien lostique de l'ONU pour les élections.

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