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Profond remaniement de la hiérarchie militaire en Arabie saoudite

Les décisions du roi Salmane (à gauche) ont été prises "sur recommandation" du prince héritier et ministre de la défense Mohammed ben Salmane (à droite), selon les médias d'Etat saoudien (archives).

KEYSTONE/AP/HASSAN AMMAR

(sda-ats)

Le roi Salmane d'Arabie saoudite a procédé à un profond remaniement de la hiérarchie militaire. Il a limogé notamment le chef d'état-major et a nommé de jeunes dirigeants, dont une femme, à des postes de responsabilité.

Dans une série de décrets publiés tard lundi, le roi a approuvé un "plan de développement du ministère de la Défense, conformément à une stratégie de défense nationale" initiée par son fils et ministre de la défense, Mohammed ben Salmane, selon les médias d'Etat. Toutes ces décisions ont été prises "sur recommandation" du prince héritier.

"Fin des services du général Abdel Rahmane ben Saleh al-Bunyan, chef d'état-major", a rapporté sèchement l'agence de presse officielle SPA, ajoutant qu'il a été remplacé par Fayyad al-Ruwaili. Le souverain a aussi remplacé les chefs des armées de l'air et de terre ainsi que des fonctionnaires civils, dont plusieurs sous-ministres.

"Transformation en cours"

Aucune explication officielle n'a été donnée à ces changements à la tête de l'armée, qui surviennent alors que le royaume intervient militairement au Yémen depuis près de trois ans en soutien aux forces gouvernementales contre les rebelles Houthis.

Le remaniement survient également au lendemain de l'annonce à Sanaa d'une "bavure" de la coalition emmenée par l'Arabie saoudite, dont l'aviation aurait bombardé par erreur une base militaire de l'armée yéménite, son alliée, faisant entre six et 20 morts et 15 blessés, selon des sources militaires progouvernementales.

"Une transformation militaire est en cours en Arabie Saoudite", constate auprès de l'AFP Theodore Karasik, analyste chez Gulf States Analytics. Déjà début novembre, le chef de la Garde nationale et le commandant de la marine avaient été abruptement limogés dans le cadre d'une campagne contre la "corruption".

Une femme ministre

Le roi Salmane a également décrété une série de nominations de civils qui voit de plus jeunes fonctionnaires promus à des postes clés comme ministres adjoints, gouverneurs adjoints de provinces et conseillers à la Cour royale.

Environ 70% de la population saoudienne a moins de 30 ans et le prince héritier - âgé lui-même de 32 ans - s'efforce de promouvoir des personnalités de sa génération.

Fait rare dans le royaume conservateur, une femme, Tamadur bent Youssef al Ramah, a été choisie comme ministre adjoint au Travail. Elle est l'une des rares Saoudiennes a accéder à un tel poste après Nora al-Fayez, nommée en 2009 vice-ministre de l'éducation.

Le Prince Turki ben Talal, frère du prince milliardaire Al-Walid ben Talal, a été nommé vice-gouverneur de la province d'Assir. Le prince Al-Walid, surnommé "le Warren Buffett d'Arabie Saoudite", faisait partie des princes, ministres et magnats arrêtés dans le cadre d'une répression sans précédent contre ce que le gouvernement appelle la corruption des élites.

Importantes réformes sociales

Parmi les 381 suspects interrogés dans le cadre de cette campagne anticorruption lancée le 4 novembre, 56 sont toujours en détention. Et selon les accords conclus avec certains suspects, les autorités ont annoncé pouvoir récupérer plus de 400 milliards de riyals (près de 100 milliards de francs), remboursés sous forme d'avoirs immobiliers, commerciaux, en titres et en espèces.

Mohammed ben Salmane consolide son emprise sur le pouvoir depuis qu'il est devenu prince héritier en juin dernier. Il fait avancer dans le même temps d'importantes réformes économiques et sociales, qui semblent profiter notamment aux femmes et aux jeunes.

Le jeune prince poursuit une politique régionale affirmée, y compris la conduite depuis 2015 de l'intervention militaire au Yémen voisin, considérée comme une guerre par procuration avec l'Iran, l'ennemi juré.

Le conflit au Yémen est qualifié par les Nations-Unies de "pire crise humanitaire au monde". Plus de 9200 personnes ont été tuées, près de 53'000 ont été blessées, et près de 2200 autres sont mortes du choléra, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

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