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Le balbuzard pêcheur, un oiseau qui n'a plus niché en Suisse depuis 1914, vient d'être réintroduit dans le pays. Six jeunes prélevés en Ecosse ont été installés mardi sur les terres de la prison de Bellechasse (FR).

Les balbuzards sont arrivés mardi matin à l'aéroport de Genève, explique Denis Landenbergue, membre du groupe de pilotage de la réintroduction du balbuzard au sein de l'association romande "Nos Oiseaux". Il s'agit de deux femelles et de quatre mâles âgés de 4 à 5,5 semaines offerts par le gouvernement écossais.

Ces rapaces migrateurs peuvent atteindre 170 centimètres d'envergure à l'âge adulte. Après Genève, ils ont directement été acheminés en voiture vers leur site de réintroduction: des volières sur les terres agricoles des Etablissements pénitentiaires de Bellechasse à Sugiez (FR).

Interdit au public

Ce site a été choisi pour son extrême tranquillité, une condition indispensable pour la réintroduction d'une espèce. En effet, pour des raisons de sécurité, les 350 hectares de terres agricoles de la prison sont strictement interdits au public.

Les détenus et le personnel de Bellechasse ont participé avec enthousiasme à ce projet, se réjouit l'association qui a lancé le projet de réintroduction à l'occasion de son centième anniversaire. L'atelier menuiserie de la prison a construit les volières.

Familles nombreuses

La dernière reproduction de balbuzards en Suisse remonte à 1914. Cette espèce, de son nom latin Pandion haliaetus, avait ensuite disparu de l'avifaune nicheuse suisse à cause des braconniers et des collectionneurs d'oeufs. On peut toutefois encore l'observer en vol pendant la migration.

Le balbuzard est un oiseau philopatrique. Une fois adulte, vers 3 ou 4 ans, il revient nicher dans la région où il a pris son premier envol. "Nos Oiseaux" compte sur ce réflexe inné pour que la réintroduction fonctionne. Cette méthode de "translocalisation" de poussins a déjà fait ses preuves en Grande-Bretagne, en Espagne et récemment en Italie.

Les six jeunes balbuzards ont été prélevés dans une population prospère en Ecosse. Les femelles pondent généralement 2 à 3 oeufs, parfois quatre. Les balbuzards qui ont été exportés à Sugiez proviennent de "familles nombreuses" où un petit meurt souvent faute d'avoir été assez nourri par ses parents.

Des sushis pour balbuzard

A Bellechasse, des spécialistes et des bénévoles sont aux petits soins des nouveaux pensionnaires. Mais cette attention de tous les instants doit se faire sans contact entre les oiseaux et l'homme.

Des webcams permettent de les surveiller depuis une roulotte high-tech située 300 mètres plus loin. Le Musée d'histoire naturelle de Fribourg a installé tout ce matériel, digne des plus grandes agences de sécurité.

Leur alimentation est assurée cinq fois par jour à travers une petite trappe. Ces jeunes rapaces mangent du poisson blanc fourni par des pêcheurs du coin. "On le décortique en petit morceau sans arrête, comme des sushis", explique M.Landenbergue. Dans la nature, les petits sont nourris de cette façon par leurs parents. Ils n'apprennent à pêcher qu'une fois partis au sud en migration.

Retour d'ici quatre ans

Le régime fribourgeois semble leur convenir. "Les six oiseaux se portent bien", relève Wendy Strahm, biologiste et coordinatrice du projet. Les portes de la volière seront ouvertes à la mi-août pour que les balbuzards commencent à voler à proximité.

Ils devraient prendre leur envol pour l'Afrique de l'Ouest vers la mi-septembre. Le retour à Bellechasse des specimens qui auront survécu jusqu'à l'âge adulte est attendu d'ici quatre ans. D'ici là, "Nos Oiseaux" compte réintroduire selon cette même méthode une douzaine de balbuzards chaque année pendant cinq ans.

Après la cigogne et le gypaète

Le balbuzard est la troisième espèce d'oiseaux à avoir été réintroduite en Suisse, après la cigogne blanche dans les années 50 et le gypaète barbu en 1987. L'arrivée des six jeunes a nécessité plusieurs années de préparation semées d'embûches administratives. Le projet coûte entre 120'000 et 150'000 francs par année sur cinq ans. Il est soutenu par les Fondations Rita Roux et MAVA pour la Nature.

ATS